Santé prédictive : anticiper sans prétendre prédire l’avenir
La santé prédictive ne lit pas l’avenir. Elle utilise des données pour estimer la probabilité d’un événement ou d’une évolution dans un contexte défini. Bien comprise, elle peut soutenir la prévention. Mal présentée, elle peut créer de fausses certitudes. Voici les repères indispensables pour interpréter un score de risque.
Par Rubens Valcy
Fondateur de MyTwin
Publié le
Sommaire
La santé prédictive désigne l’utilisation de données et de modèles pour estimer la probabilité d’un événement de santé, d’une évolution ou d’une réponse à une intervention. Le résultat peut prendre la forme d’un score, d’une catégorie de risque ou d’une courbe d’évolution. Il ne s’agit pas d’une prophétie individuelle, mais d’une estimation calculée à partir de personnes ou de situations comparables.
Cette distinction est fondamentale. Un risque de 10 % ne signifie pas que l’événement aura lieu, et un risque faible ne signifie pas qu’il est impossible. La valeur d’une estimation dépend autant de la qualité du modèle que de la manière dont elle guide une action utile.
Un risque estimé de 10 %
Sur 100 personnes au profil comparable, environ 10 connaîtraient l’événement.
Le score ne dit pas lesquelles.
Prévention, dépistage et prédiction : trois notions différentes
- Prévention
- Regroupe les actions destinées à éviter une maladie, réduire un risque ou limiter les conséquences d’un problème déjà présent.
- Dépistage
- Recherche une maladie ou une anomalie chez des personnes qui ne présentent pas nécessairement de symptômes.
- Prédiction
- Estime une probabilité future ou la présence probable d’un état à partir de variables observées.
Ces approches peuvent se compléter. Un score peut aider à identifier les personnes pour lesquelles un bilan ou une discussion médicale est particulièrement pertinent. Mais le score ne remplace pas le test de référence, l’examen clinique ou le raisonnement médical.
Comment un modèle prédictif est-il construit ?
Les développeurs commencent par définir un résultat à prédire : hospitalisation, complication, récidive, réponse à un traitement ou évolution d’un biomarqueur. Ils sélectionnent ensuite des variables disponibles avant ce résultat, par exemple l’âge, certains antécédents, des résultats biologiques ou des mesures répétées.
Le modèle apprend ou estime des relations à partir d’un ensemble de données. Il doit ensuite être évalué sur d’autres données. Une bonne performance dans le centre, le pays ou la population ayant servi au développement ne garantit pas la même performance ailleurs.
La déclaration TRIPOD+AI, publiée en 2024 dans le BMJ, propose 27 éléments pour rendre transparentes les études de modèles prédictifs utilisant la régression ou l’apprentissage automatique. PROBAST+AI, publié en 2025, aide à examiner la qualité, le risque de biais et l’applicabilité d’un modèle. Ces référentiels rappellent qu’un pourcentage de précision isolé ne suffit pas à juger un outil.
Les cinq questions à poser devant un score de risque
Que prédit exactement le score ?
Le résultat doit être clairement défini, ainsi que la période concernée. « Risque cardiovasculaire » est trop vague s’il n’est pas précisé quel événement est considéré et sur quelle durée.
Pour quelle population a-t-il été évalué ?
Un modèle peut être moins fiable pour des profils sous-représentés dans les données. L’OMS souligne que des ensembles d’entraînement peuvent exclure ou sous-représenter certaines populations, ce qui peut reproduire des inégalités.
Quelle est sa calibration ?
La discrimination distingue les personnes plus ou moins à risque. La calibration vérifie que les probabilités annoncées correspondent aux fréquences réellement observées. Les deux sont nécessaires.
Que se passe-t-il après le résultat ?
Un score est utile s’il conduit à une action proportionnée : vérifier une mesure, demander un avis, adapter un suivi ou appliquer une recommandation validée. Sans parcours clair, il peut seulement inquiéter.
Qui interprète l’information ?
Un professionnel peut intégrer les symptômes, les antécédents, les traitements et les préférences de la personne. Cette contextualisation manque à une lecture automatique isolée.
Les principales limites de la santé prédictive
Un modèle peut produire des faux positifs, qui signalent un risque sans événement correspondant, et des faux négatifs, qui rassurent à tort. Sa performance peut aussi diminuer lorsque les pratiques, les appareils ou la population changent. C’est ce que l’on appelle parfois une dérive du modèle ou des données.
Il existe également un risque de surdiagnostic ou de surmédicalisation si toute variation entraîne une succession d’examens sans bénéfice démontré. À l’inverse, une estimation bien intégrée peut aider à prioriser une prévention ou un contrôle.
De la prédiction à la décision partagée
La meilleure utilisation d’un outil prédictif est généralement une conversation structurée. Le résultat peut expliquer pourquoi une action est proposée, mais la décision doit tenir compte des bénéfices, des risques, des alternatives et des préférences du patient.
MyTwin pour les patients propose un parcours combinant données, outils de prévention et échange avec un professionnel de santé. Cette articulation est essentielle : les résultats numériques doivent servir la compréhension et le suivi, non se substituer au jugement clinique. Les cliniciens peuvent découvrir le cadre proposé sur la page MyTwin pour les professionnels. Notre politique de confidentialité précise le cadre retenu pour les données personnelles.
Questions fréquentes
Les termes se chevauchent. « Santé prédictive » peut inclure des usages préventifs hors d’une consultation médicale, tandis que « médecine prédictive » renvoie plus directement à la pratique médicale.
Non. Un risque estimé n’est pas un diagnostic. Il doit être interprété selon la finalité de l’outil et votre situation.
Rarement. Les modèles expriment une probabilité dans un périmètre donné et ne capturent pas toutes les causes possibles.
Ils peuvent utiliser des données, populations, périodes et seuils différents. Cette divergence doit conduire à vérifier leur documentation et leur validation.
Ne modifiez pas seul un traitement. Contactez un professionnel de santé, et les urgences en cas de symptômes sévères ou soudains.
Sources
- Collins GS et coll., 2024, « TRIPOD+AI statement », BMJ, 385:e078378.
- Moons KGM et coll., 2025, « PROBAST+AI », BMJ, 388:e082505.
- Organisation mondiale de la Santé, 28 juin 2021, « Ethics and governance of artificial intelligence for health ».
- Haute Autorité de santé, 9 avril 2025, « Numérique et intelligence artificielle à la HAS ».
Cet article est fourni à titre d'information. Il ne remplace pas l'avis, le diagnostic ou le traitement d'un professionnel de santé.
