Mesurer ses signes vitaux avec une caméra : ce que la vidéo et la voix apportent à la prévention
Trente secondes face à la caméra de son smartphone pour estimer sa fréquence cardiaque, un appel régulier pour faire le point sur sa santé : avec e-sensia, MyTwin intègre deux technologies qui s’appuient sur la vision et la voix. Ce qu’elles mesurent, comment elles fonctionnent, et ce qu’elles ne remplacent pas.
Par Rubens Valcy
Fondateur de MyTwin
Publié le
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Pour mesurer sa fréquence cardiaque, il fallait jusqu’ici un appareil au contact de la peau : un tensiomètre, un oxymètre, une montre connectée. Il est désormais possible d’estimer plusieurs indicateurs physiologiques à partir d’une simple vidéo du visage, réalisée avec la caméra d’un smartphone.
C’est la technologie Saphere, développée par i-Virtual et aujourd’hui portée par e-sensia, une entreprise française d’intelligence artificielle en santé née dans la régulation médicale d’urgence. MyTwin intègre deux de ses briques : la mesure de signes vitaux par vidéo, et l’AI Daily Call, un appel de suivi régulier.
Dans un épisode de MyTwin Inside, Rubens Valcy, fondateur de MyTwin, recevait Benoît Georis, alors CEO d’i-Virtual, pour comprendre comment une caméra peut mesurer des signaux physiologiques, et dans quelles limites.
e-sensia : de la régulation médicale à la voix et la vision
e-sensia a d’abord travaillé sur la voix, au cœur de la régulation médicale d’urgence (SAMU, Centre 15, SOS Médecins). Son intuition, portée par le Dr Jean-Baptiste Perney, médecin urgentiste et cofondateur de l’entreprise : au téléphone, la voix est une donnée clinique à part entière. La respiration, le ton, le rythme de parole renseignent sur l’état d’un patient avant même qu’il décrive ses symptômes.
Ses outils de régulation analysent la voix en temps réel pour apporter au médecin régulateur un signal supplémentaire, présenté comme un appui à la décision et jamais comme un substitut à son jugement.
En juillet 2026, e-sensia a repris les actifs d’i-Virtual, dont la technologie Saphere. L’entreprise ajoute ainsi à la voix une seconde modalité : la mesure sans contact de signes vitaux à partir d’une vidéo. Voix et vision réunies, c’est un pas vers une évaluation clinique à distance qui croise plusieurs signaux.
Saphere : mesurer des signes vitaux avec une simple vidéo
Saphere repose sur la photopléthysmographie à distance, ou rPPG. À chaque battement du cœur, l’afflux de sang modifie très légèrement la couleur de la peau. Ces variations sont invisibles à l’œil nu, mais une caméra peut les enregistrer, et un algorithme peut en reconstruire un signal de pouls.
Une vidéo
Environ 30 secondes, face à la caméra du smartphone
La peau
D’infimes variations de couleur à chaque battement
Le pouls
Un signal reconstruit par l’algorithme
Les indicateurs
Fréquence cardiaque, variabilité, fréquence respiratoire, stress
Il suffit d’une vidéo d’environ 30 secondes, face à la caméra, sans montre ni capteur. e-sensia présente Saphere comme une mesure de la fréquence cardiaque, de la fréquence respiratoire, de la variabilité de la fréquence cardiaque et d’indicateurs liés au stress.
i-Virtual indique que sa technologie a été évaluée dans deux études cliniques portant sur plus de 1 200 patients, incluant des phototypes de peau variés et des situations médicales complexes.
Ce que la mesure par caméra peut faire, et ce qu’elle ne peut pas faire
La rPPG est conçue pour des mesures ponctuelles, pas pour une surveillance continue : i-Virtual le précise elle-même, la surveillance en continu relève de dispositifs médicaux dédiés. Son intérêt tient dans la répétition. Une mesure prise régulièrement, dans des conditions comparables, permet d’observer une tendance.
La qualité de la mesure dépend aussi des conditions : lumière, mouvements, position du visage. Une étude publiée dans npj Digital Medicine a comparé plusieurs méthodes rPPG à un appareil de référence au contact de la peau, chez des participants de phototypes différents. L’écart moyen de fréquence cardiaque était d’environ 1 battement par minute, mais la variabilité des mesures autour de la référence atteignait environ 11 battements par minute. Les auteurs soulignent l’influence de l’environnement et des caractéristiques des personnes, et la nécessité de valider ces méthodes en conditions réelles.
L’AI Daily Call : un suivi qui vient à vous
La seconde brique issue d’e-sensia inverse la logique habituelle des applications de santé. Ce n’est pas au patient d’ouvrir l’application : c’est MyTwin qui l’appelle. S’il active l’option, il reçoit à intervalle régulier, par exemple chaque jour, un court appel de suivi.
Au bout du fil, l’assistant pose quelques questions sur la façon dont la personne se sent et sur son programme de suivi. La voix, la respiration et la toux sont aussi analysées, pour repérer ce qui change d’un appel à l’autre. Ce que la voix peut révéler de la santé est détaillé dans notre article sur les biomarqueurs vocaux.
L’intérêt est d’abord la régularité : un appel qui arrive sans qu’on ait à y penser entretient le suivi dans la durée, là où une application finit souvent oubliée. Il ne s’agit pas pour autant d’un service d’urgence. En cas de douleur thoracique, de difficulté à respirer ou de signe d’AVC, il faut appeler immédiatement le 15 ou le 112.
Voix et vision au sein du jumeau numérique
Chez MyTwin, ces deux technologies rejoignent les autres sources de données du jumeau numérique du patient : documents médicaux, analyses biologiques, objets connectés, questionnaires. Une fréquence cardiaque isolée dit peu de choses. Rapprochée du sommeil, de l’activité, des traitements ou des réponses données lors d’un appel de suivi, elle aide à comprendre comment la santé d’une personne évolue.
Ces mesures répétées, prises au quotidien plutôt qu’en consultation, font partie de ce que l’on appelle les données de vie réelle. Elles ne remplacent pas l’examen clinique, mais elles peuvent éclairer ce qui se passe entre deux rendez-vous.
C’est aussi une porte d’entrée simple vers la prévention. Le récit de Claire, qui ne savait pas par où commencer, montre comment un premier score de santé cardiovasculaire peut amorcer une démarche plus complète.
Pour découvrir les travaux d’e-sensia, consultez le site d’e-sensia, et retrouvez l’échange complet avec Benoît Georis dans l’épisode de MyTwin Inside consacré à la mesure par caméra.
Questions fréquentes
Oui, par photopléthysmographie à distance (rPPG) : la caméra enregistre les infimes variations de couleur de la peau liées à chaque battement, dont un algorithme reconstruit le pouls. La précision dépend de la lumière, des mouvements et de la validation de l’outil utilisé.
Selon e-sensia, Saphere estime la fréquence cardiaque, la fréquence respiratoire, la variabilité de la fréquence cardiaque et des indicateurs liés au stress, à partir d’une vidéo d’environ 30 secondes.
Non. Il s’agit d’une mesure ponctuelle, utile pour suivre une évolution dans le temps. Elle ne pose pas de diagnostic et ne remplace ni un examen clinique ni un appareil de surveillance continue.
Un appel de suivi que le patient peut activer dans MyTwin : à intervalle régulier, un assistant l’appelle, lui pose quelques questions et analyse sa voix, sa respiration et sa toux pour repérer ce qui change. Ce n’est pas un service d’urgence : en cas de symptôme grave, appelez le 15 ou le 112.
Sources
- e-sensia, 7 juillet 2026, « A new chapter for e-sensia with the acquisition of i-Virtual’s assets and Saphere technology ».
- e-sensia, 31 mars 2026, « Medical Voice Analysis: What the Voice Reveals Before Words ».
- i-Virtual, consulté le 30 septembre 2026, présentation de Saphere.
- i-Virtual, consulté le 30 septembre 2026, « About ».
- Dasari A., Prakash S. K. A., Jeni L. A., Tucker C. S., 2021, « Evaluation of biases in remote photoplethysmography methods », npj Digital Medicine, 4, 91.
- MyTwin Inside, « Mesurer sa santé avec une caméra ? Fréquence cardiaque, HRV et prévention », avec Benoît Georis (i-Virtual).
Cet article est fourni à titre d'information. Il ne remplace pas l'avis, le diagnostic ou le traitement d'un professionnel de santé.
