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Peut-on détecter le stress, la dépression ou Parkinson grâce à la voix ?

Et si trente secondes de parole permettaient demain d’obtenir de nouvelles informations sur notre santé ? Rubens Valcy, fondateur de MyTwin, a reçu Lara Gervaise, cofondatrice de Virtuosis AI, pour parler des biomarqueurs vocaux : ce qu’ils mesurent, ce qu’ils promettent, et ce qu’ils ne remplacent pas.

Par Rubens Valcy

Fondateur de MyTwin

Publié le

Sommaire
  1. La voix comme nouveau biomarqueur
  2. Trente secondes de parole, un simple smartphone
  3. Stress, anxiété, dépression et maladies neurodégénératives
  4. Un outil de prévention, pas un médecin dans votre téléphone
  5. Pourquoi cette technologie intéresse MyTwin
  6. Vers une prévention plus continue
  7. Questions fréquentes
  8. Sources

Dans un épisode de MyTwin Inside, Rubens Valcy, fondateur de MyTwin, a reçu Lara Gervaise, cofondatrice de Virtuosis AI, pour parler d’une technologie encore peu connue du grand public : les biomarqueurs vocaux.

L’idée : utiliser l’intelligence artificielle pour analyser certains signaux présents dans la voix, à partir d’un simple enregistrement réalisé avec le microphone d’un smartphone ou d’un ordinateur.

Virtuosis AI travaille notamment sur des applications liées au stress, à l’anxiété, à la dépression, à la maladie de Parkinson, à la maladie d’Alzheimer et aux troubles cognitifs légers.

La voix comme nouveau biomarqueur

Lorsque nous parlons, notre voix contient beaucoup plus d’informations que les mots que nous prononçons. Le rythme de parole, les pauses, les variations de hauteur, la stabilité de la voix ou encore certaines caractéristiques acoustiques peuvent être mesurés et analysés.

Virtuosis se concentre principalement sur la manière dont une personne parle, plutôt que sur la signification de ses propos. Sa technologie analyse notamment la hauteur de la voix, le rythme, la qualité vocale et d’autres caractéristiques acoustiques.

Ce que parler mobilise

  • Respiration
  • Cordes vocales
  • Articulation
  • Contrôle moteur
  • Fonctions neurologiques

Ce qui se mesure

  • Rythme de parole
  • Pauses
  • Variations de hauteur
  • Stabilité de la voix
  • Qualité vocale
L’analyse porte sur la manière de parler, pas sur le sens des mots.

Cela s’explique par le fait que parler mobilise simultanément plusieurs systèmes : respiration, cordes vocales, articulation, contrôle moteur et fonctions neurologiques. Certaines évolutions physiologiques ou psychologiques peuvent donc modifier subtilement notre manière de parler. Une revue publiée dans Digital Biomarkers rappelle que des maladies touchant le cœur, les poumons, le cerveau, les muscles ou les cordes vocales peuvent altérer la voix, et que l’intelligence artificielle ouvre des pistes pour le dépistage et le suivi à distance.

Trente secondes de parole, un simple smartphone

L’intérêt de cette approche est aussi sa simplicité. Il n’est pas nécessaire d’utiliser un nouveau capteur médical complexe : Virtuosis indique que son système peut fonctionner à partir d’un enregistrement de 30 secondes minimum de parole libre, notamment via une application web ou une API.

Cela ouvre potentiellement la voie à des outils de prévention ou de suivi beaucoup plus accessibles. Une personne pourrait par exemple enregistrer sa voix régulièrement afin d’observer son évolution dans le temps. Ces données pourraient ensuite compléter d’autres informations de santé.

Stress, anxiété, dépression et maladies neurodégénératives

Les travaux présentés par Virtuosis couvrent plusieurs domaines. Pour la santé mentale, l’entreprise étudie notamment les liens entre la voix et le stress, l’anxiété et la dépression. Elle travaille également sur certaines maladies neurodégénératives, dont Parkinson et Alzheimer.

Sur sa page de validation clinique, Virtuosis publie par exemple, pour la dépression, une sensibilité de 77 % et une spécificité de 83 % sur une cohorte de 1 933 participants, avec le questionnaire PHQ-9 comme référence. Pour la maladie de Parkinson, l’entreprise rapporte une sensibilité de 98 % et une spécificité de 96 % sur 1 621 participants, en utilisant l’échelle UPDRS comme référence clinique.

Pour lire ces chiffres : la sensibilité est la part des personnes concernées que l’outil repère ; la spécificité, la part des personnes non concernées qu’il n’inquiète pas à tort. Ils doivent cependant être interprétés dans leur contexte.

C’est d’ailleurs ce que précise Virtuosis. La recherche indépendante va dans le même sens : une étude publiée dans les Annals of Family Medicine sur un autre outil vocal, menée auprès de plus de 14 000 adultes, voit dans ces technologies une aide potentielle au dépistage de la dépression par les cliniciens, tout en appelant à mesurer leur efficacité en conditions réelles de soins.

Un outil de prévention, pas un médecin dans votre téléphone

C’est un point essentiel. L’analyse de la voix n’a pas vocation à remplacer un psychiatre, un neurologue ou un médecin.

Virtuosis indique explicitement que ses biomarqueurs sont conçus pour contribuer au dépistage ou au suivi, et qu’ils complètent le jugement des professionnels sans le remplacer : un résultat vocal ne constitue pas, à lui seul, un diagnostic.

L’intérêt réside donc plutôt dans la possibilité d’identifier plus facilement certains changements et, lorsqu’ils sont significatifs, d’orienter vers une évaluation médicale adaptée. La même prudence vaut pour tout score de risque en santé prédictive : un signal invite à regarder de plus près, il ne tranche pas.

Pourquoi cette technologie intéresse MyTwin

Chez MyTwin, notre ambition est de réunir progressivement différentes dimensions de la santé au sein d’un même jumeau numérique du patient : données biologiques, physiologiques, cliniques, comportementales et numériques. Dans cette vision, la voix pourrait devenir une source de données parmi beaucoup d’autres.

Une information issue de la voix, prise isolément, reste limitée. Mais combinée avec le sommeil, l’activité physique, des données cardiovasculaires, des analyses biologiques ou l’historique médical, elle pourrait contribuer à mieux comprendre l’évolution de la santé d’une personne.

C’est l’un des principes du jumeau numérique : ne pas regarder chaque indicateur séparément, mais essayer de comprendre comment plusieurs signaux évoluent ensemble dans le temps. C’est aussi pourquoi Virtuosis compte parmi les partenaires de MyTwin : le récit de Claire, qui ne savait pas par où commencer sa prévention, montre la place qu’un outil consacré à la santé mentale peut prendre dans un premier bilan.

Vers une prévention plus continue

L’un des changements majeurs de la médecine préventive pourrait ainsi être le passage d’une médecine fondée principalement sur quelques mesures ponctuelles à une médecine capable d’observer régulièrement de nombreux signaux, ce que l’on appelle les données de vie réelle.

La voix présente à ce titre un avantage évident : nous l’utilisons déjà chaque jour. Téléphone, visioconférence, message vocal ou ordinateur disposent déjà des microphones nécessaires pour recueillir ce type de signal.

À condition que ces technologies soient correctement validées, utilisées avec le consentement des personnes et intégrées dans un véritable parcours de soins, elles pourraient devenir un nouvel outil de prévention et de suivi.

Pour découvrir la technologie et les travaux de Virtuosis AI, consultez le site de Virtuosis AI, et retrouvez l’échange complet dans l’épisode de MyTwin Inside consacré à la voix.

Ce podcast pose finalement une question simple : et si notre voix devenait demain l’un des nombreux signaux permettant à notre jumeau numérique de mieux comprendre l’évolution de notre santé ?

Questions fréquentes

Sources

  1. Virtuosis AI, consulté le 30 septembre 2026, « Clinical validation ».
  2. Virtuosis AI, consulté le 30 septembre 2026, « What are voice biomarkers? ».
  3. Fagherazzi G., Fischer A., Ismael M., Despotovic V., 2021, « Voice for Health: The Use of Vocal Biomarkers from Research to Clinical Practice », Digital Biomarkers, 5(1), 78-88.
  4. Mazur A. et al., 2025, « Evaluation of an AI-Based Voice Biomarker Tool to Detect Signals Consistent With Moderate to Severe Depression », Annals of Family Medicine, 23(1), 60-65.
  5. MyTwin Inside, « Cette IA analyse votre voix pour détecter le stress, l’anxiété et Alzheimer », avec Lara Gervaise (Virtuosis AI).

Cet article est fourni à titre d'information. Il ne remplace pas l'avis, le diagnostic ou le traitement d'un professionnel de santé.