Dépistage de la maladie rénale chronique : qui est concerné, quels examens
La maladie rénale chronique peut évoluer longtemps sans symptôme. En France, son dépistage ne s’adresse pas à tout le monde : il cible les adultes qui présentent certains facteurs de risque, associe une prise de sang à une analyse d’urine, et toute anomalie doit être confirmée avant de parler de maladie.
Par Rubens Valcy
Fondateur de MyTwin
Publié le
Sommaire
- Pourquoi la maladie peut rester silencieuse
- Qui est concerné par le dépistage ciblé ?
- Deux examens qui répondent à deux questions
- Que se passe-t-il si un résultat est anormal ?
- Prévenir sans promettre l’impossible
- Suivre une trajectoire plutôt qu’un chiffre
- Préparer votre rendez-vous
- Questions fréquentes
- Sources
Les reins filtrent le sang pour en éliminer les déchets, maintiennent la quantité d’eau et de sel de l’organisme et interviennent dans la fabrication des globules rouges comme dans le métabolisme de la vitamine D, rappelle l’Assurance Maladie. La maladie rénale chronique est longtemps silencieuse : elle est souvent découverte par hasard, sur une prise de sang prescrite pour une autre raison.
Cela ne veut pas dire qu’il faut demander chaque année « tous les examens possibles ». La stratégie française repose sur un dépistage ciblé des adultes à risque, qui associe deux informations complémentaires : le débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe), à partir de la créatinine sanguine, et le rapport albuminurie/créatininurie dans les urines.
Pourquoi la maladie peut rester silencieuse
Un rein peut perdre une partie de sa fonction sans provoquer de signe évident. Selon l’Assurance Maladie, les symptômes qui finissent par apparaître sans diagnostic précoce sont peu spécifiques : grande fatigue, œdèmes, démangeaisons intenses de la peau. Et uriner normalement ne renseigne pas sur le fonctionnement des reins, même à un stade avancé. KDIGO, l’initiative internationale qui publie les recommandations de référence en néphrologie, fait du caractère silencieux de la maladie la raison de la rechercher chez les personnes à haut risque.
La maladie rénale chronique se définit par des marqueurs d’atteinte rénale ou un DFG inférieur à 60 ml/min/1,73 m², persistant plus de trois mois, selon le mémo de l’Assurance Maladie destiné aux laboratoires. Elle ne se confond pas avec l’insuffisance rénale aiguë, une atteinte brutale, survenant par exemple au cours d’une infection grave ou d’une hémorragie, et le plus souvent réversible. Elle ne se résume pas non plus à un chiffre de créatinine.
Qui est concerné par le dépistage ciblé ?
L’Assurance Maladie ne recommande pas de dépistage généralisé. Elle le réserve aux personnes à risque, notamment celles qui ont :
- un diabète ;
- une hypertension artérielle, traitée ou non ;
- une maladie cardiovasculaire athéromateuse ou une insuffisance cardiaque ;
- une obésité (indice de masse corporelle supérieur à 30) ;
- une maladie auto-immune ou systémique, comme le lupus ;
- une maladie urologique ;
- des antécédents familiaux de maladie rénale évolutive ;
- un antécédent d’insuffisance rénale aiguë ;
- des antécédents de traitements toxiques pour le rein, comme les anti-inflammatoires non stéroïdiens, d’injection de produit de contraste iodé ou de radiothérapie dans la région des reins ;
- une exposition professionnelle au plomb, au cadmium ou au mercure.
Cette liste sert de repère, pas d’auto-prescription. Le médecin tient compte de l’âge, des antécédents, des traitements et des résultats antérieurs. À l’inverse, un facteur de risque connu justifie ce suivi même en l’absence de tout symptôme. Le dépistage est une démarche de prévention secondaire : repérer une atteinte avant qu’elle ne se manifeste. Notre article sur la prévention primaire, secondaire et tertiaire explique cette distinction.
Les anti-inflammatoires, un cas à part
L’Assurance Maladie range la prise prolongée d’anti-inflammatoires non stéroïdiens parmi les expositions à éviter, et KDIGO rappelle que les personnes atteintes de maladie rénale chronique peuvent être plus sensibles aux effets toxiques de certains médicaments sur le rein. N’arrêtez pas pour autant un traitement prescrit de votre propre initiative : demandez au prescripteur ou au pharmacien comment l’utiliser, et ce qui doit vous faire consulter.
Deux examens qui répondent à deux questions
La Haute Autorité de santé fonde le dépistage ciblé sur l’estimation du débit de filtration glomérulaire d’une part, et sur le calcul du rapport albuminurie/créatininurie d’autre part. Pour les personnes à risque, l’Assurance Maladie prévoit ces examens une fois par an.
Créatinine et DFGe
Une prise de sang
Les reins filtrent-ils suffisamment le sang ?
Rapport albuminurie/créatininurie
Un échantillon d’urine
Les reins laissent-ils passer de l’albumine dans les urines ?
Confirmation
Les mêmes examens, répétés
L’anomalie persiste-t-elle dans les trois mois qui suivent ?
La créatinine et le DFG estimé
La créatinine est un déchet issu du fonctionnement des muscles. Son dosage dans le sang permet d’estimer le débit de filtration glomérulaire à l’aide d’une équation : la HAS recommande l’équation CKD-EPI. C’est une estimation. KDIGO cite les situations où elle est moins fiable : masse musculaire très faible ou très élevée, troubles du comportement alimentaire, certains régimes ; et une valeur basse isolée peut aussi traduire une atteinte aiguë récente plutôt qu’une maladie chronique.
Le DFGe sert à classer la fonction rénale et à suivre son évolution. Un chiffre se compare aux résultats antérieurs et se lit avec les autres marqueurs : la méthode générale, unités et valeurs antérieures comprises, est celle de notre guide pour comprendre ses résultats d’analyse sanguine.
L’albuminurie et le rapport albumine/créatinine
L’albumine est une protéine normalement très peu présente dans les urines. L’Assurance Maladie préfère sa recherche à celle des protéines totales, parce que c’est un marqueur plus précoce et plus sensible. Rapporter l’albumine à la créatinine urinaire permet de travailler sur un simple échantillon : le recueil des urines de 24 heures n’est plus nécessaire, et l’échantillon peut être prélevé à tout moment de la journée, idéalement le matin selon la fiche destinée aux médecins.
Une augmentation peut être passagère. Un effort intense, la fièvre, une inflammation, certains médicaments ou une infection urinaire peuvent élever temporairement l’albumine dans les urines, rappelle MedlinePlus, le site d’information de la Bibliothèque nationale de médecine des États-Unis. Signalez-les au moment du prélèvement : un test urinaire isolé ne suffit pas à annoncer une maladie chronique.
Que se passe-t-il si un résultat est anormal ?
La HAS indique que le diagnostic est confirmé en répétant les tests au cours des trois mois qui suivent le repérage d’une anomalie, et en recherchant d’autres marqueurs d’atteinte rénale. L’Assurance Maladie conseille de les refaire de préférence dans le même laboratoire. Si l’anomalie se confirme, un bilan complémentaire suit, notamment un examen des urines (ECBU) et une échographie rénale, et la cause est recherchée.
L’orientation vers un néphrologue dépend de plusieurs critères, que la HAS énumère : la cause de la maladie, son stade, un déclin rapide du DFG, une albuminurie sévère ou persistante, une hypertension non contrôlée. Un résultat légèrement perturbé n’entraîne donc pas automatiquement une consultation spécialisée ; une atteinte sévère ou qui évolue vite ne doit pas, elle, être banalisée.
Prévenir sans promettre l’impossible
Selon la HAS, la prise en charge vise à contrôler la progression de la maladie et les facteurs de risque cardiovasculaire, avec l’information du patient, le contrôle de l’exposition aux produits toxiques pour le rein, la sécurisation des traitements et le dépistage des complications. Le plan dépend de la cause et du stade.
KDIGO encourage une activité physique adaptée à la tolérance de chacun, un poids adapté et l’arrêt du tabac. Les conseils sur le sel, le potassium, le phosphore ou les protéines, eux, ne sont pas universels : ils s’adaptent à la personne, au stade de la maladie et aux autres pathologies, idéalement avec un diététicien. KDIGO recommande aussi de passer en revue les médicaments sans ordonnance et les remèdes à base de plantes ou les compléments, dont certains peuvent nuire aux reins : signalez-les.
Une liste de traitements complète
La prévention passe par la sécurité médicamenteuse. La dose de certains médicaments éliminés par les reins doit tenir compte du DFG, rappelle KDIGO, et le professionnel ne peut l’adapter que s’il sait tout ce que vous prenez. Tenir son historique médicamenteux à jour, automédication et compléments compris, est la base.
Suivre une trajectoire plutôt qu’un chiffre
Une donnée devient utile lorsqu’elle est reliée au temps. Conserver les résultats successifs permet de voir si le DFGe reste stable, diminue lentement ou chute. Chez une personne atteinte de maladie rénale chronique, KDIGO considère qu’une variation du DFGe de plus de 20 % d’un test à l’autre, ou un doublement du rapport albumine/créatinine, dépasse la variabilité attendue et justifie une évaluation. La HAS insiste de son côté sur l’intérêt de représenter graphiquement la baisse du DFG.
Le même principe vaut pour la pression artérielle, que le médecin peut vous demander de suivre vous-même : notre guide de l’automesure tensionnelle explique comment obtenir des mesures fiables.
Dans MyTwin pour les patients, vos analyses sont réunies avec vos autres documents de santé, dans l’ordre chronologique et rattachées à leur compte rendu : vous retrouvez d’un coup d’œil vos DFGe et vos rapports albumine/créatinine successifs. Leur interprétation reste celle du médecin qui vous suit.
Préparer votre rendez-vous
Rassemblez vos analyses antérieures, la liste de vos traitements, vos mesures de pression artérielle si elles ont été demandées, et les événements récents : infection, fièvre, effort intense avant le prélèvement, hospitalisation, examen avec produit de contraste. Notez les antécédents familiaux de maladie rénale et les expositions professionnelles. Pour organiser le reste, voyez notre guide pour préparer une consultation médicale.
Quelques questions à poser :
- Suis-je dans une population à risque ?
- Les deux examens du dépistage ont-ils été réalisés ?
- Le résultat doit-il être répété, et dans quel délai ?
- Quelle évolution observe-t-on par rapport aux résultats précédents ?
- Certains de mes médicaments doivent-ils être adaptés ?
- Quels signes justifieraient de consulter plus vite ?
Questions fréquentes
Non. La créatinine sert à estimer le DFG, et chez les personnes à risque, la HAS recommande de l’associer à la recherche d’albuminurie : une atteinte peut se signaler dans les urines avant de faire baisser le DFG. Le contexte et l’évolution comptent.
Pour le dépistage ciblé, non. Le rapport albuminurie/créatininurie se mesure sur un simple échantillon d’urine ; l’Assurance Maladie indique que le recueil de 24 heures n’est plus nécessaire.
Pas à lui seul. La maladie rénale chronique suppose une anomalie qui persiste plus de trois mois. La HAS recommande de répéter les tests dans les trois mois qui suivent le repérage d’une anomalie, et l’Assurance Maladie de le faire de préférence dans le même laboratoire.
Pour les personnes qui présentent un facteur de risque, l’Assurance Maladie prévoit une prise de sang (créatinine et DFG estimé) et une analyse d’urine (albuminurie et créatininurie) une fois par an. Sans facteur de risque, un dépistage généralisé n’est pas recommandé.
Ne modifiez pas seul un traitement prescrit. L’Assurance Maladie range la prise prolongée d’anti-inflammatoires non stéroïdiens parmi les expositions toxiques pour le rein : demandez l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien, surtout si vous avez une maladie rénale ou plusieurs traitements.
Sources
- Haute Autorité de santé, mis à jour le 17 novembre 2023, « Guide du parcours de soins – Maladie rénale chronique de l’adulte (MRC) ».
- Haute Autorité de santé, 5 octobre 2023, « Évaluation de plusieurs actes relatifs au dépistage ciblé annuel de la maladie rénale chronique chez l’adulte ».
- Assurance Maladie, ameli.fr (médecin), 21 mai 2026, « Dépistage et prise en charge de la maladie rénale chronique ».
- Assurance Maladie, ameli.fr (laboratoire), 9 mars 2026, « Maladie rénale chronique », mémo.
- Assurance Maladie, ameli.fr, 8 janvier 2025, « Prévenir et dépister la maladie rénale chronique ».
- Assurance Maladie, ameli.fr, 8 janvier 2025, « Maladie rénale chronique et insuffisance rénale chronique : définition et causes ».
- Assurance Maladie, ameli.fr, 8 janvier 2025, « Dépistage, symptômes, diagnostic et évolution de la maladie rénale chronique ».
- Levin A, Ahmed SB, Carrero JJ et al., Kidney International, 2024, « Executive summary of the KDIGO 2024 Clinical Practice Guideline for the Evaluation and Management of Chronic Kidney Disease: known knowns and known unknowns », 105 (4), 684-701.
- MedlinePlus, Bibliothèque nationale de médecine des États-Unis, mis à jour le 27 mai 2025, « Microalbumin Creatinine Ratio ».
Cet article est fourni à titre d'information. Il ne remplace pas l'avis, le diagnostic ou le traitement d'un professionnel de santé.
