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Patients8 min de lecture

Santé des proches aidants : protéger aussi sa propre santé

Aider un proche, c’est parfois des soins, des démarches, une surveillance ou un soutien de chaque jour. La santé de l’aidant passe alors au second plan. Reconnaître son rôle, suivre quelques signaux et organiser du relais relèvent de la prévention, pas d’un abandon de la personne accompagnée.

Par Rubens Valcy

Fondateur de MyTwin

Publié le

Sommaire
  1. Reconnaître ce qui pèse réellement
  2. Les signaux à ne pas banaliser
  3. Un relevé hebdomadaire très simple
  4. Organiser le relais avant l’urgence
  5. Préparer un plan B
  6. Concilier l’aide et le travail
  7. Prendre un rendez-vous pour soi
  8. Questions fréquentes
  9. Sources

Un proche aidant ne porte pas toujours ce nom. Conjoint, enfant, parent, ami ou voisin, il aide régulièrement une personne âgée, malade, handicapée ou en perte d’autonomie : préparer les repas, assurer les transports, gérer les rendez-vous, surveiller un traitement, faire les démarches ou rester disponible la nuit.

C’est un rôle très répandu. D’après la Drees, qui s’appuie sur l’enquête Autonomie de 2022, 7,1 millions de personnes de 5 ans ou plus étaient proches aidantes en France métropolitaine. Prendre soin de sa propre santé n’oppose pas deux besoins : une fatigue que personne ne voit pèse sur la continuité de l’aide, sur le travail, sur la vie de famille et sur ses propres soins.

Reconnaître ce qui pèse réellement

Le nombre d’heures ne résume pas la charge. Une aide courte mais imprévisible, une surveillance de nuit ou la peur permanente d’une chute peuvent être éprouvantes. À l’inverse, une organisation partagée et stable rend une aide importante plus soutenable. Il est utile de distinguer :

  • les tâches physiques, comme les transferts ou les déplacements ;
  • la charge mentale des ordonnances, des rendez-vous et des démarches ;
  • la disponibilité émotionnelle ;
  • les interruptions de sommeil ;
  • l’articulation avec le travail et les enfants ;
  • l’isolement et la difficulté à demander de l’aide ;
  • la responsabilité ressentie quand la situation change.

La même étude de la Drees montre que trois aidants sur dix accompagnent seuls leur proche, sans relais familial, bénévole ou professionnel, et que six sur dix sont en activité, en recherche d’emploi ou étudiants. Ces chiffres décrivent une population : ils ne disent pas ce que vit une personne en particulier.

Lorsque la crainte d’une chute occupe vos journées, notre article sur la prévention des chutes chez les personnes âgées détaille ce qui peut être fait à domicile, avec la personne aidée.

Les signaux à ne pas banaliser

Fatigue, irritabilité, troubles du sommeil, retrait social, douleurs, oublis ou sentiment d’être débordé peuvent avoir de nombreuses causes. À eux seuls, ils ne permettent pas de conclure à un épuisement, à une dépression ou à un trouble anxieux. Ils justifient en revanche de consulter lorsque leur intensité, leur durée ou leur retentissement augmentent.

Un médecin peut évaluer votre situation en tant que patient : sommeil, humeur, douleurs, traitements, et ce que vous avez laissé de côté. Si vos propres soins ont été reportés, un bilan de santé préventif ou un point sur le calendrier vaccinal adulte sont de bonnes occasions de reprendre le fil. Mieux vaut ne pas attendre une crise pour dire : « j’aide quelqu’un, et cela pèse peut-être sur ma santé ».

En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112. Si vous pensez au suicide, ou si vous êtes inquiet pour quelqu’un, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond gratuitement, 24 h sur 24 et 7 jours sur 7.

Un relevé hebdomadaire très simple

Le suivi doit alléger la charge, pas devenir une tâche de plus. Une fois par semaine, quatre questions peuvent suffire.

  1. Combien de nuits mon sommeil a-t-il été interrompu ?

  2. Ai-je annulé un soin, une activité ou un rendez-vous important pour moi ?

  3. Ai-je eu un moment de relais réel ?

  4. Qu’est-ce qui risque de devenir impossible la semaine prochaine ?

Un relevé pour préparer une discussion avec un médecin, la famille ou un service de répit, pas un score médical.

Ce relevé aide à préparer une discussion avec le médecin, la famille, un service social ou une plateforme de répit. Il ne produit pas de score : les outils standardisés d’évaluation de la charge d’aidant s’interprètent avec un professionnel formé.

Organiser le relais avant l’urgence

Le répit ne se limite pas à une pause ponctuelle. Il peut prendre la forme d’un accueil temporaire de la personne aidée, d’une aide à domicile, d’un relais familial, d’un groupe de parole, d’une formation ou d’un temps préservé dans l’emploi du temps. La CNSA décrit les solutions de répit comme des relais proposés à l’aidant « afin de souffler », et indique que 250 nouvelles plateformes de répit ont été installées entre 2020 et 2022.

Les solutions dépendent du territoire. Le médecin traitant, le centre communal d’action sociale, la maison départementale des personnes handicapées ou une association peuvent orienter ; l’annuaire géolocalisé de Ma Boussole Aidants recense les acteurs près de chez vous. Vérifiez l’éligibilité, les délais et le coût sur place.

Préparer un plan B

Un plan de continuité, écrit à l’avance, peut préciser :

  • qui appeler si l’aidant tombe malade ;
  • où se trouvent les ordonnances et les contacts utiles ;
  • quelles tâches peuvent être confiées, et à qui ;
  • quels signes doivent conduire à appeler un médecin ;
  • les habitudes essentielles de la personne aidée ;
  • les limites que l’aidant ne peut pas dépasser.

Ce document reste à jour et accessible aux seules personnes autorisées. Être aidant ne donne pas accès, de droit, à toutes les données médicales de son proche : la personne aidée est associée autant que possible aux décisions et au partage de ses informations. Notre article sur le dossier médical numérique explique comment ne partager que le nécessaire.

Concilier l’aide et le travail

Un salarié aidant peut avoir besoin d’horaires plus prévisibles, d’un aménagement temporaire ou de télétravail lorsque le poste le permet. Il n’a pas à détailler la maladie de son proche à son manager : l’échange porte sur ses contraintes de disponibilité et sur l’organisation du travail.

Le congé de proche aidant est ouvert à tout salarié, rappelle Service Public. Sans accord collectif, il dure 3 mois au plus, renouvelable dans la limite d’un an sur toute la carrière ; avec l’accord de l’employeur, il peut être fractionné ou pris à temps partiel. Il ouvre droit à une allocation journalière du proche aidant.

Un outil de prévention proposé par l’employeur ne doit jamais servir à connaître la situation familiale ou la santé de ses salariés : les garanties à exiger sont détaillées dans notre article sur la confidentialité de la santé des salariés.

Prendre un rendez-vous pour soi

Apportez une liste courte : symptômes et depuis quand, sommeil, activité, médicaments, alcool ou tabac, soins reportés, tâches d’aide les plus contraignantes. Dites ce que vous attendez : une évaluation, de l’aide pour dormir, la prise en charge d’une douleur, une orientation, ou un simple point de prévention. Notre guide pour préparer une consultation médicale détaille la méthode.

Chacun garde son histoire, son dossier et son consentement. Avec MyTwin pour les patients, vos comptes rendus, analyses et traitements sont réunis dans votre propre dossier, dans une seule application : vous arrivez au rendez-vous avec votre historique à vous, pas seulement celui de la personne que vous aidez.

Questions fréquentes

Sources

  1. Drees, Études et Résultats n° 1358, 17 décembre 2025, « Trois aidants sur dix accompagnent seuls leur proche, six sur dix sont en activité ou étudiants ».
  2. Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), page consultée le 22 octobre 2026, « Les proches aidants ».
  3. Service Public, vérifié le 15 juin 2026, « Congé de proche aidant ».
  4. Ma Boussole Aidants, page consultée le 22 octobre 2026, annuaire et ressources pour les aidants.
  5. 3114, numéro national de prévention du suicide, page consultée le 22 octobre 2026.

Cet article est fourni à titre d'information. Il ne remplace pas l'avis, le diagnostic ou le traitement d'un professionnel de santé.