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Prévention des chutes chez les personnes âgées : agir à domicile après 65 ans

Une chute n’est ni une fatalité liée à l’âge, ni un simple problème de tapis. Le risque tient le plus souvent à plusieurs facteurs à la fois : équilibre, force, vision, médicaments, chaussures, logement. Le prévenir commence par le repérer, puis par un plan construit avec les professionnels concernés.

Par Rubens Valcy

Fondateur de MyTwin

Publié le

Sommaire
  1. Une chute n’est jamais anodine
  2. Trois questions pour repérer le risque
  3. Après une chute : réagir, puis raconter
  4. Équilibre, force, vue, pieds : les facteurs personnels
  5. Faire revoir ses médicaments, sans les arrêter seul
  6. Sécuriser le logement sans en faire un hôpital
  7. La peur de tomber, et le plan pour avancer
  8. Questions fréquentes
  9. Sources

Une chute après 65 ans est souvent racontée comme un accident : un tapis, une marche, un moment d’inattention. Le tapis y est parfois pour quelque chose. Mais le risque tient le plus souvent à plusieurs facteurs qui s’additionnent : l’équilibre, la force des jambes, la vue, les médicaments, les chaussures, l’éclairage.

C’est une bonne nouvelle : la plupart de ces facteurs se repèrent, et beaucoup se corrigent. Cet article dit comment repérer le risque, quoi faire après une chute et sur quoi agir, avec les professionnels qui peuvent vous y aider.

Une chute n’est jamais anodine

En 2024, Santé publique France a dénombré 174 824 hospitalisations en lien avec une chute chez les personnes de 65 ans et plus, en hausse de 20,5 % par rapport à 2019, et 20 148 décès. Parmi les plus de 65 ans, une personne sur trois tombe au moins une fois par an, rappelle l’Assurance Maladie. Ces chiffres ne disent rien du risque d’une personne en particulier, mais ils disent qu’une chute mérite d’être prise au sérieux.

La Haute Autorité de santé le résume ainsi : la chute est un marqueur de fragilité et un facteur prédictif de perte d’autonomie. Elle peut aussi entamer la confiance en soi et installer une « peur de chuter », qui conduit à limiter ses activités, ses déplacements et ses relations.

Prévenir, ce n’est pas moins bouger

Réduire ses déplacements par prudence fait perdre de la force et de l’équilibre, et peut entretenir le risque au lieu de le réduire. L’approche recommandée est multifactorielle : comprendre dans quelles circonstances la chute est survenue, rechercher les facteurs sur lesquels on peut agir, puis agir de façon coordonnée. Le médecin traitant évalue l’état de santé, le pharmacien peut revoir les traitements, le kinésithérapeute ou l’enseignant en activité physique adaptée travaille l’équilibre et la marche, l’ergothérapeute regarde le logement et les gestes du quotidien.

Trois questions pour repérer le risque

Les recommandations mondiales sur la prévention des chutes, publiées en 2022 et reprises par la HAS en 2024, proposent de poser trois questions à toute personne âgée lors d’une visite de santé :

  1. Êtes-vous tombé au cours des 12 derniers mois ?

  2. Vous sentez-vous instable debout ou en marchant ?

  3. Avez-vous peur de tomber ?

Non aux trois
Risque faible : rester actif, et refaire le point dans un an ou dès qu’un de ces signes apparaît.
Oui à l’une
En parler à son médecin, qui précise le niveau de risque et les actions à engager.
Un repérage, pas un diagnostic : l’évaluation revient au professionnel.

Si la réponse est non aux trois, le risque de chute dans l’année est considéré comme faible. La HAS recommande alors une activité physique régulière, quelques conseils de prévention, et de refaire le point dans un an, ou plus tôt si l’un de ces signes apparaît.

Si la réponse est oui à l’une d’elles, parlez-en à votre médecin : c’est d’ailleurs le premier conseil de la HAS, prévenir son médecin en cas de chute, d’instabilité ou de peur de tomber. Il précisera le niveau de risque, à l’aide de questions sur la ou les chutes et de tests simples, comme se lever d’une chaise, marcher trois mètres, faire demi-tour et se rasseoir. Selon ce niveau, la prévention va de l’activité physique régulière à une évaluation complète des facteurs de risque, parfois dans une consultation spécialisée.

Quand une chute est considérée comme grave

La HAS retient plusieurs critères : une blessure qui a demandé une consultation, au moins deux chutes en douze mois, l’impossibilité de se relever seul, une chute sans cause évidente, qui pourrait faire évoquer une brève perte de connaissance, ou une chute chez une personne fragile. Dans ces cas, le risque de chuter à nouveau est élevé et appelle une évaluation approfondie.

Après une chute : réagir, puis raconter

Si la personne ne peut pas se relever, est blessée, a fait un malaise ou présente un symptôme brutal ou inhabituel, appelez le 15 ou le 112. Cet article ne permet pas de juger de la gravité d’une chute : en cas de doute, c’est aux secours ou au médecin d’en décider.

Même une chute qui semble sans conséquence mérite de la vigilance : l’Assurance Maladie rappelle que des symptômes peuvent apparaître ensuite, comme une douleur, un malaise, une articulation qui gonfle ou un hématome, et qu’ils justifient de consulter son médecin traitant. La HAS compte la prise d’anticoagulants, l’ostéoporose et l’isolement parmi les situations à risque de chute grave : si vous êtes concerné, signalez toute chute.

Noter les circonstances

Une fois la situation stabilisée, notez le lieu, l’heure, ce que vous faisiez, les chaussures portées, la lumière, un éventuel obstacle et ce que vous avez ressenti juste avant. Avez-vous trébuché ? Eu un vertige ? Senti une faiblesse ? Perdu connaissance ? La réponse oriente l’évaluation : une chute sans cause évidente ne s’analyse pas comme un faux pas. Notre guide pour préparer une consultation médicale aide à décrire ces faits sans les interpréter.

Apprendre à se relever

Rester longtemps au sol après une chute est un facteur de mauvais pronostic, souligne la HAS. L’Assurance Maladie conseille d’apprendre à se relever avant même d’être tombé, de préférence en présence d’une autre personne, et d’envisager une téléassistance si vous vivez seul. Le relever du sol fait d’ailleurs partie des programmes d’activité physique que la HAS recommande pour prévenir les chutes.

Équilibre, force, vue, pieds : les facteurs personnels

Équilibre, force et marche

Se lever d’une chaise avec difficulté, marcher plus lentement ou se sentir moins sûr de soi peut justifier une évaluation. Après 65 ans, la HAS, reprenant les recommandations de l’OMS sur l’activité physique, conseille des activités variées qui travaillent l’équilibre et la force, au moins trois fois par semaine. Les recommandations mondiales précisent qu’un programme efficace progresse en difficulté pendant au moins douze semaines, et gagne à se poursuivre au-delà. L’OMS cite aussi le tai-chi parmi les interventions qui préviennent les chutes.

Ces exercices ne se choisissent pas au hasard : ils dépendent de vos capacités, de vos maladies et de votre niveau de risque. Quand le risque est plus élevé, la HAS prévoit un programme d’activité physique adaptée prescrit par le médecin et encadré par un kinésithérapeute ou un enseignant en activité physique adaptée, et réévalué régulièrement. Le but n’est pas la performance, mais de garder la capacité de se lever, de se retourner, de franchir un seuil et de se rattraper en cas de déséquilibre.

Vue, audition et pieds

Une baisse de la vue, liée par exemple à une cataracte ou à un glaucome, augmente le risque : la HAS conseille de voir régulièrement son ophtalmologiste, et l’Assurance Maladie de faire aussi tester son audition. Les pieds comptent autant. La HAS recommande de les faire examiner au moins une fois par an ; pour les chaussures, l’Assurance Maladie conseille un modèle à votre pointure qui tient bien le pied, à talons larges et bas, avec une semelle ferme et antidérapante.

Alimentation et état général

Une perte de poids involontaire peut traduire une dénutrition, qui fait fondre les muscles : l’Assurance Maladie conseille de se peser régulièrement et d’agir vite si l’on maigrit. Une alimentation équilibrée, avec assez de protéines, entretient les muscles et les os. Pour la vitamine D, la HAS invite à en discuter avec son médecin plutôt qu’à se supplémenter seul.

Faire revoir ses médicaments, sans les arrêter seul

Certains médicaments pèsent sur l’équilibre et la vigilance. L’Assurance Maladie cite les somnifères, les anxiolytiques et les antiarythmiques, et met en garde contre les interactions, surtout à partir de quatre médicaments pris sur une même période. Lors d’une évaluation, la HAS demande de revoir l’ordonnance pour réduire les médicaments qui favorisent les chutes, en particulier les psychotropes et ceux qui font baisser la tension au lever.

Cela ne veut pas dire qu’ils sont « mauvais », ni qu’il faut les arrêter : la HAS parle d’un arrêt progressif, décidé par le médecin, pas d’un arrêt brutal décidé seul. Votre rôle est de donner une image complète de ce que vous prenez, médicaments sans ordonnance et compléments compris. Un historique médicamenteux à jour permet au médecin et au pharmacien de repérer ce qui peut être réévalué. Et en attendant, levez-vous lentement du lit ou d’une chaise, comme le conseille l’Assurance Maladie, pour éviter les étourdissements.

Sécuriser le logement sans en faire un hôpital

Commencer par les trajets du quotidien

Suivez le chemin entre le lit, les toilettes, la cuisine, le fauteuil et l’entrée. L’Assurance Maladie et la HAS donnent les mêmes priorités :

  • dégager les passages et fixer les fils électriques le long des murs ;
  • retirer les petits tapis et les tapis aux bords relevés, ou les empêcher de glisser ;
  • éclairer les lieux de passage, sans zone d’ombre ;
  • si votre vue baisse, signaler le bord des marches par une bande de couleur claire ;
  • ranger les objets courants à portée de main, pour ne pas monter sur une chaise ou un escabeau ;
  • installer des barres d’appui près du lit, des toilettes et de la baignoire, et des mains courantes dans les escaliers.

Une barre d’appui n’aide que si elle est solidement fixée, là où vous en avez réellement besoin : l’Assurance Maladie met en garde contre l’appui sur un porte-serviettes ou un porte-savon. Les recommandations mondiales jugent l’évaluation du domicile plus efficace quand elle est menée par un ergothérapeute, qui observe vos gestes sur place avant de proposer un aménagement.

La peur de tomber, et le plan pour avancer

Après une chute, la peur peut conduire à moins sortir, moins bouger et demander de l’aide pour des gestes jusque-là maîtrisés. Cette prudence se comprend, mais elle peut entretenir le risque. Parlez-en explicitement : la peur de tomber est l’une des trois questions du repérage, et la HAS demande que le retentissement psychologique d’une chute soit abordé par le médecin ou un psychologue.

Une canne ou un déambulateur peut redonner de l’assurance, à condition d’être adapté : les recommandations mondiales demandent de vérifier que l’aide à la marche convient et qu’elle est bien utilisée. Les exercices d’équilibre et de force aident aussi à reprendre confiance, rappelle la HAS.

Un plan qui tient sur une page

Un plan utile note les circonstances des chutes, les facteurs repérés, les actions décidées, qui s’en charge, pour quand, et ce qu’on a observé ensuite : un contrôle de la vue, une revue des médicaments, un programme d’équilibre, un meilleur éclairage, puis un point à la date convenue avec le médecin. Cette structure évite d’empiler des conseils sans savoir s’ils ont été suivis. Elle relève aussi bien de la prévention d’une première chute que d’une récidive, deux moments que distingue notre article sur la prévention primaire, secondaire et tertiaire.

Avec MyTwin pour les patients, vos comptes rendus, vos analyses et vos mesures sont réunis dans une seule application, et vous échangez avec un professionnel de santé, en téléconsultation ou en rendez-vous, pour ajuster votre parcours. Si un proche vous aide, convenez de ce qu’il peut consulter : vos informations de santé restent les vôtres.

Questions fréquentes

Sources

  1. Santé publique France, 12 mars 2026, mis à jour le 16 mars 2026, page consultée le 14 octobre 2026, « Hospitalisations et mortalité en lien avec une chute chez les personnes de 65 ans et plus en France. Données 2015-2024 ».
  2. Haute Autorité de santé, mars 2024, consulté le 14 octobre 2026, « Personnes âgées à risque de chute. Prescription d’activité physique », fiche de synthèse.
  3. Haute Autorité de santé, avril 2009, page consultée le 14 octobre 2026, « Évaluation et prise en charge des personnes âgées faisant des chutes répétées », recommandation de bonne pratique.
  4. Montero-Odasso M. et al., « World guidelines for falls prevention and management for older adults: a global initiative », Age and Ageing, 2022, 51(9), afac205, consulté le 14 octobre 2026.
  5. Organisation mondiale de la santé, 26 avril 2021, page consultée le 14 octobre 2026, « Chutes ».
  6. Assurance Maladie, 24 décembre 2024, page consultée le 14 octobre 2026, « Comment prévenir les chutes des personnes âgées ? ».
  7. Assurance Maladie, 28 mai 2025, page consultée le 14 octobre 2026, « Comment réagir en cas de chute lorsque l’on est âgé ? ».
  8. Service-Public.gouv.fr, page consultée le 14 octobre 2026, « Quels sont les numéros en cas d’urgence (Samu, pompiers…) et les numéros d’écoute ? ».

Cet article est fourni à titre d'information. Il ne remplace pas l'avis, le diagnostic ou le traitement d'un professionnel de santé.