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Patients9 min de lecture

Préhabilitation chirurgicale : préparer son corps et son parcours avant une opération

La préhabilitation utilise le temps avant une intervention programmée pour repérer des fragilités et mieux préparer le corps, l’esprit et le retour à domicile. Elle ne se résume pas à faire plus de sport : son contenu dépend de l’opération, de l’état de santé et des consignes de l’équipe soignante.

Par Rubens Valcy

Fondateur de MyTwin

Publié le

Sommaire
  1. Ce que montrent les études
  2. Évaluer avant d’agir
  3. Bouger de manière sûre
  4. Repérer le risque nutritionnel
  5. Tabac, alcool, anxiété
  6. Préparer le parcours, pas seulement le corps
  7. Suivre quelques informations sans se surcharger
  8. Quand contacter rapidement un professionnel
  9. Questions fréquentes
  10. Sources

Une opération ne commence pas le matin de l’admission. Lorsqu’elle est programmée, les jours ou les semaines qui la précèdent peuvent servir à comprendre le parcours, à corriger certains facteurs modifiables et à organiser la récupération. Cette démarche porte un nom : la préhabilitation chirurgicale.

Une revue de 76 essais randomisés, publiée dans le British Journal of Anaesthesia en 2024, en propose une définition commune : un processus qui va du diagnostic à la chirurgie, fait d’une ou plusieurs interventions préopératoires (exercice, nutrition, stratégies psychologiques, entraînement respiratoire) pour renforcer la capacité fonctionnelle et la réserve physiologique, mieux supporter le stress chirurgical et faciliter la récupération.

En France, elle s’inscrit souvent dans un programme de récupération améliorée après chirurgie (RAAC), que la Haute Autorité de santé décrit comme une prise en charge globale, organisée par une équipe pluriprofessionnelle sur les trois phases : avant, pendant et après l’intervention. La préhabilitation en est le volet d’avant.

Ce que montrent les études

Les résultats varient selon la chirurgie, les patients et le programme. Chez des patients à haut risque de complications pulmonaires opérés d’une résection pulmonaire, un essai randomisé tchèque (Brat et coll., 2025) a testé un programme de 14 jours associant entraînement intensif des muscles respiratoires, arrêt du tabac, soutien nutritionnel et psychologique : les complications pulmonaires sont passées de 55 % à 34 %, et la durée médiane d’hospitalisation de 9 à 7 jours.

À l’inverse, un essai canadien mené dans 13 centres auprès de 847 personnes de 60 ans et plus présentant une fragilité (McIsaac et coll., JAMA Surgery, 2026) n’a montré ni réduction du handicap 30 jours après l’opération ni baisse des complications avec un programme à domicile, accompagné à distance par des coachs. Les principaux freins rapportés : d’autres priorités et la motivation.

La HAS en tire une position nuancée. Dans sa recommandation sur la nutrition clinique périopératoire (adoptée en septembre 2026), elle recommande de proposer, avant une chirurgie programmée à risque intermédiaire ou élevé, un programme de préhabilitation adapté au risque du patient et incluant une prise en charge nutritionnelle, pour réduire certaines complications, notamment infectieuses. Elle rappelle aussi que son effet sur la mortalité n’est pas démontré, et qu’elle semble surtout pertinente chez les patients à haut risque : fragilité, dénutrition, perte de masse musculaire, âge avancé.

La préhabilitation ne garantit donc pas une convalescence courte, et elle ne doit jamais retarder une chirurgie nécessaire sans décision médicale.

Évaluer avant d’agir

Dans un programme RAAC, la HAS place avant l’intervention l’évaluation des comorbidités et l’optimisation de la condition physique : adaptation des traitements, anémie, nutrition, sevrages, kinésithérapie ou rééducation préopératoire. L’équipe peut ainsi rechercher une perte de poids involontaire, une difficulté à marcher, un essoufflement inhabituel, une anémie, un tabagisme, une consommation d’alcool, une fragilité psychologique ou un obstacle social.

Cette évaluation permet de prioriser. Empiler des actions génériques sans bilan risque de fatiguer la personne ou de détourner l’attention d’un problème important.

Vos traitements, sans exception

Signalez tous vos traitements, y compris ceux pris sans ordonnance, les compléments alimentaires et les produits à base de plantes. Leur modification relève du prescripteur ou de l’équipe d’anesthésie : ne suspendez jamais seul un anticoagulant, un antidiabétique ou un autre traitement avant une opération. Notre article sur l’historique médicamenteux détaille comment tenir une liste fiable.

Bouger de manière sûre

Selon la chirurgie et vos capacités, le volet physique peut associer marche, endurance, renforcement musculaire ou entraînement respiratoire. L’intensité se définit avec les professionnels, surtout en cas de maladie cardiaque ou respiratoire, de douleur, de risque de chute ou de limitation importante.

L’objectif n’est pas une performance sportive. Il peut s’agir de maintenir une activité régulière, d’apprendre des exercices qui seront repris après l’intervention, ou de réduire le temps passé sans bouger. Une douleur thoracique, un malaise, un essoufflement brutal ou un symptôme inhabituel pendant l’effort imposent de s’arrêter et de demander un avis médical.

Avant une chirurgie cardiaque, la HAS rapporte, dans ses critères d’orientation en réadaptation cardiaque (2024), un consensus d’experts de la SFAR et de la SFCTCV qui recommande une préhabilitation cardiorespiratoire et musculaire, combinée à une réadaptation débutée dans les deux semaines qui suivent l’opération. Ce versant d’après est celui de notre article sur la téléréadaptation cardiaque.

Repérer le risque nutritionnel

Pour une chirurgie à risque intermédiaire ou élevé, la HAS recommande de rechercher une dénutrition ou un risque de dénutrition : la dénutrition périopératoire est un facteur de risque indépendant de complications, comme les infections ou les retards de cicatrisation. Une perte de poids involontaire, une baisse de l’appétit ou des difficultés à avaler sont donc à signaler.

Une alimentation équilibrée ne suffit pas toujours à corriger une dénutrition, et l’inverse est vrai aussi : les compléments ne se prennent pas d’office. La même recommandation constate que les données ne permettent pas de conseiller un support nutritionnel préopératoire chez des patients qui ne sont pas sélectionnés sur leur état nutritionnel. L’indication dépend du bilan.

Tabac, alcool, anxiété

Le temps avant l’opération est une occasion d’arrêter de fumer, avec une aide si besoin. Selon l’OMS, les fumeurs qui arrêtent environ quatre semaines ou plus avant une intervention ont moins de complications, y compris liées à l’anesthésie, et de meilleurs résultats six mois plus tard.

La consommation d’alcool se déclare, sans crainte d’être jugé. En cas de dépendance, l’arrêt ne s’improvise pas : l’Assurance Maladie rappelle que le médecin traitant construit avec vous un projet de soins, et que les professionnels de santé sont des aides indispensables. Le médecin ou l’anesthésiste peut proposer un accompagnement adapté au délai avant l’opération.

Le sommeil et l’anxiété méritent aussi d’être abordés. La HAS fait de l’information du patient une condition de réussite de la RAAC : consultation préopératoire dédiée, livret ou « passeport » qui récapitule les étapes, entourage associé dès l’avant-opération. Savoir à qui poser ses questions et anticiper la douleur ou le retour à domicile réduit l’incertitude, sans remplacer un accompagnement psychologique lorsqu’il est nécessaire.

Préparer le parcours, pas seulement le corps

Une préparation utile comporte des éléments très concrets : date de la consultation d’anesthésie, consignes de jeûne, documents à apporter, personne à prévenir, moyen de transport, aide au domicile, médicaments disponibles et rendez-vous après l’opération. Les consignes de l’établissement priment toujours sur les conseils généraux trouvés en ligne. Pour les consultations qui jalonnent ce parcours, notre guide pour préparer une consultation médicale aide à arriver avec les bonnes questions.

Une checklist à valider avec l’équipe

  • Ai-je reçu des consignes écrites adaptées à mon intervention ?
  • Mon équipe connaît-elle tous mes médicaments, allergies et compléments ?
  • Une perte de poids, une fatigue, une chute ou un essoufflement ont-ils été signalés ?
  • L’activité physique proposée est-elle compatible avec mon état de santé ?
  • Qui appeler si mon état change avant l’opération ?
  • Le retour, les repas, les aides et les premiers rendez-vous sont-ils organisés ?

Cette liste structure la conversation ; elle ne remplace pas le protocole de l’établissement.

Dans MyTwin pour les patients, vos comptes rendus, analyses, imageries et traitements sont réunis dans votre dossier, et vous pouvez en parler avec un médecin ou un professionnel de santé, en téléconsultation ou en rendez-vous. Le programme de préhabilitation, lui, reste celui que définit votre équipe chirurgicale.

Suivre quelques informations sans se surcharger

Un carnet simple peut suffire : séances réalisées, symptômes, évolution de l’appétit et questions pour la prochaine consultation. La mesure n’a de sens que si elle débouche sur une action définie : l’équipe précise ce qu’elle souhaite suivre, à quelle fréquence et à partir de quand l’alerter.

Une montre connectée n’est pas indispensable. Si vous en portez une, elle ne doit ni créer un objectif arbitraire ni rassurer à tort face à un symptôme ; notre article sur les objets connectés santé aide à trier les données utiles.

Quand contacter rapidement un professionnel

Avant l’opération, une fièvre, une infection, une toux, une aggravation respiratoire, une douleur thoracique, un malaise, une chute, un saignement ou un changement important de l’état général se signalent selon les consignes reçues. Seul un professionnel peut décider si l’intervention est maintenue, adaptée ou reportée. En cas de symptôme grave, appelez le 15 ou le 112.

Questions fréquentes

Sources

  1. Fleurent-Grégoire C. et coll., British Journal of Anaesthesia, août 2024, « Towards a common definition of surgical prehabilitation: a scoping review of randomised trials ».
  2. Haute Autorité de santé, mis en ligne le 3 octobre 2016, page consultée le 22 octobre 2026, « Programmes de récupération améliorée après chirurgie (RAAC) ».
  3. Haute Autorité de santé, adopté le 3 septembre 2026, « Nutrition clinique de l’adulte en contexte périopératoire et en soins critiques », argumentaire.
  4. Haute Autorité de santé, octobre 2024, « Critères d’orientation en réadaptation cardiaque et vasculaire », rapport d’élaboration.
  5. Brat K. et coll., British Journal of Anaesthesia, juillet 2025, « Multimodal prehabilitation before lung resection surgery: a multicentre randomised controlled trial ».
  6. McIsaac D. I. et coll., JAMA Surgery, février 2026, « Home-Based Prehabilitation for Older Surgical Patients With Frailty: A Randomized Clinical Trial ».
  7. Organisation mondiale de la santé, 20 janvier 2020, « Smoking greatly increases risk of complications after surgery ».
  8. Assurance Maladie, page consultée le 22 octobre 2026, « Arrêter sa consommation d’alcool en cas de dépendance ou de difficultés avec l’alcool ».
  9. Service Public, page consultée le 22 octobre 2026, « Quels sont les numéros en cas d’urgence (Samu, pompiers…) et les numéros d’écoute ? ».

Cet article est fourni à titre d'information. Il ne remplace pas l'avis, le diagnostic ou le traitement d'un professionnel de santé.