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VO2max et longévité : pourquoi votre condition physique compte autant

La condition cardiorespiratoire, souvent exprimée par la VO2max, fait partie des marqueurs les plus fortement associés à la survie dans les grandes études. Elle a une autre particularité : elle se travaille. Ce que montrent les cohortes, comment la mesurer sans se fier aveuglément à sa montre, et ce que disent les preuves sur la façon de l’améliorer.

Par Rubens Valcy

Fondateur de MyTwin

Publié le

Sommaire
  1. La VO2max, qu’est-ce que c’est ?
  2. VO2max et longévité : ce que montrent les grandes cohortes
  3. Mesurer sa VO2max : laboratoire, terrain ou montre
  4. Améliorer sa VO2max : ce que disent les preuves
  5. La force musculaire compte aussi
  6. Questions fréquentes
  7. Sources

Parmi les repères de la longévité en bonne santé, la condition cardiorespiratoire occupe une place à part. Elle n’est ni un gène ni un résultat d’analyse : c’est la capacité de votre organisme à soutenir un effort. Et dans les grandes études, elle fait partie des facteurs les plus fortement associés à la mortalité.

Cet article explique ce que mesure la VO2max, ce que les études en disent vraiment, comment l’estimer, et ce qui permet de l’améliorer. Avec une précaution qui vaut pour tout le texte : ces études observent des associations, elles ne promettent pas des années de vie à qui se met à courir.

La VO2max, qu’est-ce que c’est ?

La VO2max est la consommation maximale d’oxygène : la plus grande quantité d’oxygène que l’organisme peut prélever et utiliser par minute, au plus fort d’un effort. Elle dépend du cœur, des poumons, du sang et des muscles, qui travaillent ensemble. On l’exprime le plus souvent en millilitres d’oxygène par kilo de poids et par minute (mL/kg/min).

C’est la mesure la plus reconnue de la condition cardiorespiratoire, rappelle une revue publiée en 2022 dans Sports Medicine. Les études l’expriment aussi en MET, l’« équivalent métabolique » : un MET correspond à la consommation d’oxygène assis au repos, soit 3,5 mL/kg/min, et une condition physique se traduit en nombre de MET atteints au maximum de l’effort.

Une valeur de VO2max se lit toujours au regard de l’âge et du sexe. Dans l’étude de 2018 présentée plus bas, les seuils qui séparent un niveau « faible » d’un niveau « élite » baissent d’une décennie à l’autre et diffèrent entre femmes et hommes : chacun y est comparé aux personnes de son âge et de son sexe.

VO2max et longévité : ce que montrent les grandes cohortes

Un MET de plus, un risque plus bas

Une méta-analyse publiée en 2009 dans le JAMA a réuni 33 études d’observation portant sur des adultes en bonne santé, dont près de 103 000 suivis pour la mortalité. Chaque MET supplémentaire de capacité maximale, l’équivalent selon les auteurs d’environ 1 km/h de plus en course à pied, était associé à un risque de décès toutes causes inférieur de 13 %, et à un risque d’événement coronarien ou cardiovasculaire inférieur de 15 %. Les personnes à faible condition physique avaient un risque de décès 1,7 fois plus élevé que celles à condition élevée.

Pas de plafond observé

En 2018, une étude publiée dans le JAMA Network Open a analysé 122 007 patients ayant passé une épreuve d’effort sur tapis roulant à la Cleveland Clinic, aux États-Unis, suivis en médiane 8,4 ans. Chacun était classé par rapport aux personnes de son âge et de son sexe, du groupe « faible » (le quart le moins en forme) au groupe « élite » (au-dessus du 97,7ᵉ percentile).

Après ajustement sur les autres facteurs de risque, le groupe « faible » avait un risque de décès environ cinq fois plus élevé que le groupe « élite ». L’écart associé à une condition physique réduite était comparable, voire supérieur, à celui du tabac, du diabète ou d’une maladie coronarienne. Surtout, les auteurs n’ont pas observé de limite haute : plus la condition était élevée, plus la mortalité était basse, et le groupe « élite » gardait un avantage sur le groupe « élevé », y compris chez les plus de 70 ans et chez les personnes hypertendues.

Un « signe vital » à part entière

Ces résultats rejoignent la déclaration scientifique de l’American Heart Association de 2016 : une faible condition cardiorespiratoire est associée à un risque élevé de maladie cardiovasculaire et de mortalité, elle pourrait prédire la mortalité plus fortement que le tabac, l’hypertension, le cholestérol ou le diabète de type 2, et l’ajouter aux facteurs de risque classiques améliore l’estimation du risque. D’où sa proposition d’en faire un « signe vital » évalué en consultation.

Une association, pas une garantie

Ces études sont observationnelles. Les auteurs de l’étude de 2018 le disent eux-mêmes : leur travail ne permet pas de savoir si une bonne condition physique réduit la mortalité, ou si elle signale des personnes déjà en meilleure santé. Les patients adressés pour une épreuve d’effort ne ressemblent pas non plus à la population générale, et des facteurs non mesurés, comme le niveau socio-économique, peuvent jouer. Ce qui est solide, c’est la constance de l’association d’une étude à l’autre ; ce qui ne l’est pas, c’est le nombre d’années qu’une personne gagnerait en améliorant la sienne.

Mesurer sa VO2max : laboratoire, terrain ou montre

Trois approches coexistent, de la plus précise à la plus accessible.

  1. Épreuve d’effort en laboratoire

    Un effort maximal, avec analyse des gaz respirés.

    La référence, mais un équipement coûteux et une équipe formée.

  2. Test de terrain

    Un test d’effort standardisé, sans aller jusqu’au maximum.

    Une estimation indirecte, jugée acceptable.

  3. Montre connectée

    Un algorithme fondé sur le pouls, l’allure et votre profil.

    Correcte en moyenne sur un groupe, imprécise pour une personne.

De la plus précise à la plus accessible : ce que vaut chaque mesure.

L’épreuve d’effort en laboratoire

La référence est une épreuve d’effort maximale, réalisée en laboratoire avec analyse des gaz respirés : on parle d’épreuve d’effort cardiorespiratoire. Elle demande un équipement coûteux et une équipe formée, ce qui la rend peu accessible en dehors d’un besoin médical ou sportif précis. Si l’on vous en propose une en consultation de médecine de la longévité, demandez ce que son résultat changera concrètement à votre suivi.

Les tests de terrain

Des tests d’effort standardisés, réalisés sur le terrain et sans aller jusqu’à l’effort maximal, estiment la VO2max sans analyse des gaz. Selon la revue de 2022, ces estimations indirectes sont acceptables, pour un coût et une logistique bien moindres.

L’estimation de votre montre

Beaucoup de montres affichent une VO2max, calculée à partir du pouls, de l’allure et de votre profil. La même revue, une méta-analyse de 14 études de validation, conclut que les estimations fondées sur des séances d’effort sont nettement plus fiables que celles calculées au repos, qui surestiment la VO2max. Elles sont correctes en moyenne sur un groupe, mais l’erreur reste large pour une personne : même avec les estimations fondées sur l’effort, l’écart avec la mesure de laboratoire pouvait approcher 10 mL/kg/min, dans un sens ou dans l’autre. Or les auteurs rappellent que des gains de 1,75 à 3,5 mL/kg/min sont déjà associés à un risque de décès plus faible. Plusieurs marques qui affichent une VO2max manquaient encore, selon la revue, de validation scientifique.

En pratique, le chiffre de votre montre se lit comme une tendance : même appareil, mêmes conditions, sur plusieurs mois. Pour le reste de ce que les objets connectés santé mesurent bien et moins bien, notre guide fait le tri.

Avec MyTwin pour les patients, les données de vos montres et capteurs compatibles rejoignent vos comptes rendus et analyses dans un même jumeau numérique de santé : une évolution se suit dans le temps, et se discute avec un professionnel de santé.

Améliorer sa VO2max : ce que disent les preuves

C’est ce qui distingue la condition cardiorespiratoire de beaucoup d’autres marqueurs : elle répond à l’entraînement. Une méta-analyse publiée en 2015 dans Sports Medicine a réuni 28 études contrôlées chez des adultes en bonne santé de 18 à 45 ans. Par rapport à l’absence d’exercice, l’entraînement d’endurance continu augmentait la VO2max d’environ 4,9 mL/kg/min, et l’entraînement fractionné à haute intensité d’environ 5,5 mL/kg/min, sur des programmes d’au moins deux semaines. Le fractionné apportait un petit avantage supplémentaire ; les gains étaient plus marqués chez les personnes qui partaient d’une condition plus faible et sur les programmes plus longs.

Les repères de l’OMS

Les lignes directrices 2020 de l’Organisation mondiale de la santé recommandent aux adultes, chaque semaine :

  • 150 à 300 minutes d’activité d’endurance d’intensité modérée, ou 75 à 150 minutes d’intensité soutenue, ou une combinaison des deux ;
  • des activités de renforcement musculaire sollicitant les principaux groupes musculaires, au moins deux jours par semaine ;
  • après 65 ans, au sein de ce volume, des activités variées qui travaillent l’équilibre et la force au moins trois jours par semaine, pour préserver ses capacités et prévenir les chutes.

Ces chiffres sont des repères, pas un seuil en dessous duquel rien ne compterait. Selon l’aide-mémoire de l’OMS sur l’activité physique, toute activité vaut mieux que rien, et les personnes insuffisamment actives ont un risque de décès supérieur de 20 à 30 % à celui des personnes suffisamment actives.

Avant d’augmenter l’intensité

Pour l’American College of Sports Medicine, l’exercice est sans danger pour la plupart des gens. Ses recommandations sur le dépistage avant une reprise reposent sur trois éléments : votre niveau d’activité actuel, la présence de symptômes ou d’une maladie cardiovasculaire, métabolique ou rénale connue, et l’intensité visée. Si vous êtes sédentaire et visez des efforts intenses, si vous avez une maladie chronique, ou si vous ressentez à l’effort une gêne dans la poitrine, un essoufflement inhabituel ou un malaise, parlez-en à votre médecin avant de vous lancer. Un bilan de santé préventif est une bonne occasion de le faire. En cas de douleur thoracique ou de malaise, appelez le 15 ou le 112.

La force musculaire compte aussi

La condition cardiorespiratoire n’est pas la seule capacité physique associée à la survie. L’étude PURE, publiée en 2015 dans The Lancet, a mesuré la force de préhension, la force de serrage de la main, chez près de 140 000 adultes de 35 à 70 ans dans 17 pays, suivis en médiane quatre ans. Chaque baisse de 5 kg de force était associée à un risque de décès toutes causes supérieur de 16 %, et la force de préhension prédisait mieux la mortalité toutes causes et cardiovasculaire que la pression artérielle systolique.

Là encore, c’est une association observée, pas la preuve que serrer plus fort fait vivre plus longtemps. La force de préhension sert surtout de reflet, simple et peu coûteux, de l’état musculaire général. C’est une raison de plus de ne pas oublier le renforcement musculaire que recommande l’OMS : endurance et force se complètent, elles ne s’opposent pas.

Questions fréquentes

Sources

  1. Ross R et coll., 2016, « Importance of Assessing Cardiorespiratory Fitness in Clinical Practice: A Case for Fitness as a Clinical Vital Sign », Circulation, 134(24):e653-e699.
  2. Kodama S et coll., 2009, « Cardiorespiratory fitness as a quantitative predictor of all-cause mortality and cardiovascular events in healthy men and women: a meta-analysis », JAMA, 301(19):2024-2035.
  3. Mandsager K et coll., 2018, « Association of Cardiorespiratory Fitness With Long-term Mortality Among Adults Undergoing Exercise Treadmill Testing », JAMA Network Open, 1(6):e183605.
  4. Molina-Garcia P et coll., 2022, « Validity of Estimating the Maximal Oxygen Consumption by Consumer Wearables: A Systematic Review with Meta-analysis and Expert Statement of the INTERLIVE Network », Sports Medicine, 52(7):1577-1597.
  5. Milanović Z, Sporiš G, Weston M, 2015, « Effectiveness of High-Intensity Interval Training (HIT) and Continuous Endurance Training for VO2max Improvements: A Systematic Review and Meta-Analysis of Controlled Trials », Sports Medicine, 45(10):1469-1481.
  6. Bull FC et coll., 2020, « World Health Organization 2020 guidelines on physical activity and sedentary behaviour », British Journal of Sports Medicine, 54(24):1451-1462.
  7. Organisation mondiale de la santé, 26 juin 2024, « Physical activity », aide-mémoire.
  8. Riebe D et coll., 2015, « Updating ACSM’s Recommendations for Exercise Preparticipation Health Screening », Medicine & Science in Sports & Exercise, 47(11):2473-2479.
  9. Leong DP et coll., 2015, « Prognostic value of grip strength: findings from the Prospective Urban Rural Epidemiology (PURE) study », The Lancet, 386(9990):266-273.

Cet article est fourni à titre d'information. Il ne remplace pas l'avis, le diagnostic ou le traitement d'un professionnel de santé.