Prévention cardiovasculaire en entreprise : agir utilement
La prévention cardiovasculaire en entreprise ne consiste pas à collecter les données médicales des salariés. Elle combine conditions de travail favorables, information, participation volontaire et orientation vers les professionnels compétents. Ce guide propose une démarche mesurable qui protège la confidentialité tout en reliant prévention collective et parcours individuel.
Par Rubens Valcy
Fondateur de MyTwin
Publié le
Sommaire
- Premier axe — Réduire les risques liés au travail
- Deuxième axe — Rendre les choix favorables accessibles
- Troisième axe — Proposer un parcours individuel volontaire
- Quatrième axe — Prévoir l’orientation
- Cinquième axe — Mesurer sans surveiller
- Une feuille de route sur douze semaines
- Questions fréquentes
- Sources
Les maladies cardiovasculaires regroupent plusieurs affections du cœur et des vaisseaux. L’OMS identifie notamment le tabac, l’alimentation déséquilibrée, l’inactivité physique et l’usage nocif de l’alcool parmi les facteurs modifiables, aux côtés de déterminants environnementaux et sociaux. L’hypertension, le diabète et les anomalies lipidiques relèvent d’une évaluation médicale.
L’entreprise peut agir sur certaines conditions : exposition à des contraintes, organisation du travail, possibilités de mouvement, accès à l’information et orientation. Elle ne doit ni diagnostiquer les salariés ni détenir leurs résultats médicaux individuels.
Premier axe — Réduire les risques liés au travail
En France, l’employeur est tenu d’évaluer les risques professionnels et de mettre en œuvre une démarche de prévention. Cette responsabilité ne doit pas être confondue avec un programme facultatif de bien-être. L’évaluation des risques liés au travail demeure prioritaire.
Commencez par le document unique et le dialogue avec les acteurs de prévention. Horaires atypiques, sédentarité prolongée, chaleur, contraintes physiques, stress organisationnel ou accès difficile aux pauses peuvent avoir des effets sur la santé. L’action doit porter sur le travail réel : planning, charge, postes, autonomie, récupération et environnement.
Inviter les salariés à marcher davantage n’a guère de sens si les pauses sont impossibles ou si l’environnement n’est pas sûr.
Deuxième axe — Rendre les choix favorables accessibles
La prévention collective peut inclure :
- des possibilités de mouvement intégrées à la journée ;
- des escaliers accessibles et des locaux vélo adaptés ;
- une offre alimentaire diversifiée lorsque l’entreprise la contrôle ;
- des espaces sans tabac et un accès aux dispositifs d’aide reconnus ;
- une information claire sur les signes d’alerte et les numéros d’urgence ;
- la formation aux premiers secours selon le contexte ;
- des actions compatibles avec le handicap, les horaires et le télétravail.
Évitez les concours fondés uniquement sur le nombre de pas ou la perte de poids. Ils peuvent exclure certaines personnes et encourager une exposition publique de données sensibles. Mesurez plutôt l’accessibilité et l’utilisation des dispositifs collectifs.
Troisième axe — Proposer un parcours individuel volontaire
Un salarié peut souhaiter mesurer certains indicateurs ou discuter de ses facteurs de risque. Cette démarche doit être libre, informée et organisée avec des professionnels habilités. Le refus ne doit produire aucune conséquence professionnelle.
La CNIL indique qu’un employeur ne doit pas connaître les données de santé de ses salariés. Les résultats individuels doivent donc rester entre la personne et les acteurs autorisés. L’entreprise peut recevoir des informations agrégées si elles sont suffisamment protégées et nécessaires au pilotage, sans possibilité de réidentifier un individu ou une petite équipe.
Avec MyTwin pour les employeurs, l’entreprise choisit les modules de prévention qu’elle met à disposition, dont la santé cardiovasculaire. Le salarié qui le souhaite suit un parcours personnel et accompagné : ses résultats restent entre lui et les professionnels autorisés, et un résultat inhabituel l’oriente vers un professionnel de santé. L’employeur mesure le programme à partir d’indicateurs agrégés, sans jamais accéder à une information médicale individuelle. Quelle que soit l’offre étudiée, demandez précisément quelles données voient le salarié, le professionnel de santé, le prestataire et l’employeur.
Quatrième axe — Prévoir l’orientation
Un dépistage n’est responsable que s’il prévoit la suite. Avant la campagne, définissez :
- qui explique le résultat ;
- comment une mesure inhabituelle est vérifiée ;
- vers quel professionnel la personne est orientée ;
- quel délai est recommandé ;
- quelle consigne s’applique en cas de signe urgent ;
- comment la continuité est assurée sans transmettre le dossier à l’employeur.
Les technologies utilisant une caméra, une montre ou un questionnaire doivent expliciter leur statut, leur précision, leurs limites et les conditions d’usage. Il faut éviter toute promesse selon laquelle un test bref exclurait une maladie.
Cinquième axe — Mesurer sans surveiller
Un tableau de bord employeur peut suivre :
- taux d’information et de participation volontaire ;
- accessibilité par site, horaire et catégorie de poste ;
- délais d’accès aux professionnels ou services ;
- satisfaction et compréhension ;
- nombre d’orientations agrégé, lorsque le cadre le permet ;
- évolution des expositions ou aménagements collectifs ;
- incidents, plaintes et demandes d’exercice de droits.
Ne conditionnez pas la réussite à une baisse rapide des dépenses ou de l’absentéisme. Ces indicateurs dépendent de nombreux facteurs et peuvent évoluer dans le mauvais sens à court terme lorsqu’un meilleur accès aux soins révèle des besoins jusque-là non pris en charge.
Notre article sur la mesure d’un programme de prévention complète cette grille. Celui sur la prévention personnalisée et la confidentialité détaille la séparation nécessaire entre parcours individuel et pilotage collectif.
Une feuille de route sur douze semaines
Semaines 1 à 3
Diagnostic
- Réunir RH, santé au travail, prévention, représentants des salariés, DPO et sécurité informatique
- Analyser les risques, les dispositifs existants et les obstacles d’accès
Semaines 4 à 6
Conception
- Choisir un objectif limité
- Formaliser volontariat, flux de données, gouvernance et critères d’orientation
Semaines 7 à 9
Pilote
- Tester sur un périmètre diversifié
- Vérifier qu’aucun responsable hiérarchique n’accède à une donnée individuelle
Semaines 10 à 12
Décision
- Comparer les résultats aux objectifs
- Poursuivre, modifier ou arrêter
Semaines 1 à 3 : diagnostic
Réunissez RH, santé au travail, prévention, représentants des salariés, DPO et sécurité informatique. Analysez les risques professionnels, les dispositifs existants et les obstacles d’accès. Définissez la population sans sélectionner les personnes à partir de suppositions médicales.
Semaines 4 à 6 : conception
Choisissez un objectif limité. Formalisez le volontariat, les flux de données, la gouvernance, les critères d’orientation et les indicateurs. Faites relire les messages : ils doivent informer sans inquiéter ni culpabiliser.
Semaines 7 à 9 : pilote
Testez sur un périmètre diversifié, avec une alternative pour les salariés peu équipés ou éloignés du numérique. Recueillez les difficultés et vérifiez que les responsables hiérarchiques n’accèdent à aucune donnée individuelle.
Semaines 10 à 12 : décision
Comparez les résultats aux objectifs, corrigez les inégalités d’accès et décidez de poursuivre, modifier ou arrêter. Publiez aux salariés une synthèse transparente des enseignements et des garanties.
Questions fréquentes
Non dans le cadre de la relation de travail ordinaire. Une donnée médicale individuelle doit rester dans le cadre confidentiel approprié. L’employeur pilote l’organisation et la prévention collective, pas le dossier médical.
Non. Elle renseigne sur l’adoption. Il faut aussi mesurer l’accessibilité, la qualité de l’orientation, les effets indésirables et les résultats définis à l’avance.
En principe, non : une campagne de prévention proposée par l’employeur repose sur le volontariat. Les examens obligatoires relèvent du suivi de l’état de santé organisé par les services de prévention et de santé au travail, et l’employeur n’en reçoit pas le détail médical. En cas de doute sur un dispositif précis, obtenez un avis juridique et médical adapté.
Prévoyez un canal non numérique, du matériel disponible sur site, des créneaux accompagnés et une information accessible. L’égalité d’accès fait partie de la qualité du programme.
Sources
- Organisation mondiale de la Santé, 31 juillet 2025, « Cardiovascular diseases (CVDs) ».
- INRS, 18 décembre 2023, « Mise en œuvre d’une démarche de prévention ».
- INRS, 17 octobre 2023, « Évaluation des risques professionnels ».
- CNIL, page consultée le 16 septembre 2026, « Données sur la santé : un employeur peut-il les connaître ? ».
Cet article est fourni à titre d'information. Il ne remplace pas l'avis, le diagnostic ou le traitement d'un professionnel de santé.
