Chaleur au travail : bâtir un plan de prévention avant l’été
Depuis juillet 2025, le Code du travail encadre précisément les épisodes de chaleur intense. Un plan efficace ne se limite pas à distribuer de l’eau : il repère les situations exposées, adapte les horaires et la charge, organise les secours et protège les personnes vulnérables sans collecter leur diagnostic.
Par Rubens Valcy
Fondateur de MyTwin
Publié le
Sommaire
- Ce que dit le Code du travail depuis 2025
- Cartographier les situations plutôt que les métiers
- Agir d’abord sur la source et sur l’organisation
- Prévoir des déclencheurs gradués
- Protéger les personnes vulnérables sans exiger leur diagnostic
- Reconnaître et traiter l’urgence
- Mesurer l’efficacité sans surveiller les individus
- Un plan en huit étapes
- Questions fréquentes
- Sources
La chaleur au travail ne concerne pas seulement les chantiers. Cuisines, entrepôts, ateliers, transports, événements, soins, bureaux sous toiture et travail en extérieur peuvent cumuler température, rayonnement solaire, effort physique, équipements de protection et absence de récupération. Depuis le 1er juillet 2025, le Code du travail oblige l’employeur à évaluer ces risques et à définir des mesures lorsque l’exposition à un épisode de chaleur intense menace la santé ou la sécurité.
Le bon réflexe n’est pas d’attendre l’alerte rouge. Un plan de prévention se prépare pendant les mois frais, se teste avant l’été et s’adapte ensuite aux niveaux de vigilance et au travail réel.
Ce que dit le Code du travail depuis 2025
Le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 a créé dans le Code du travail un chapitre consacré aux épisodes de chaleur intense, applicable depuis le 1er juillet 2025 selon l’INRS. L’article R. 4463-1 définit l’épisode de chaleur intense par référence au dispositif de vigilance de Météo-France : il correspond, précise l’INRS, à l’atteinte du niveau jaune, orange ou rouge.
L’article R. 4463-2 demande à l’employeur d’évaluer les risques liés à ces épisodes, en intérieur comme en extérieur, et de définir des mesures de prévention lorsqu’un risque pour la santé ou la sécurité est identifié. Pour l’INRS, ces risques s’inscrivent dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), avec un plan d’actions anticipé.
L’article R. 4463-3 fonde la réduction des risques sur une liste de mesures : des procédés de travail qui n’exposent pas à la chaleur ou l’exposent moins, l’aménagement des lieux et des postes, l’adaptation de l’organisation et des horaires pour limiter l’exposition et permettre le repos, des moyens techniques contre le rayonnement solaire et l’accumulation de chaleur, davantage d’eau potable fraîche, des équipements adaptés et des équipements de protection individuelle, l’information et la formation des travailleurs. En cas d’épisode, l’employeur fournit une quantité suffisante d’eau potable fraîche (R. 4463-4) et adapte ces mesures si la chaleur s’intensifie (R. 4463-7).
Pas de température maximale, mais une obligation d’agir
Le Code du travail ne fixe aucune température au-delà de laquelle il serait interdit de travailler, rappelle l’INRS. L’absence de chiffre ne dispense pas d’agir : le risque dépend de la température, de l’humidité, du rayonnement, de l’effort, des vêtements, de la durée d’exposition, de l’acclimatation et de la personne. Et si l’employeur considère que ses salariés sont en danger, il doit faire cesser le travail.
Cartographier les situations plutôt que les métiers
La canicule n’est pas le seul moment à risque. Selon l’Organisation internationale du Travail, neuf travailleurs sur dix exposés à une chaleur excessive dans le monde l’étaient en dehors d’une vague de chaleur, et huit accidents du travail liés à la chaleur sur dix sont survenus hors vague de chaleur. Une cuisine, une blanchisserie ou un entrepôt sous toiture peuvent rester dangereux sans alerte météo.
Commencez donc par observer les tâches. Un même métier peut être peu exposé le matin et très exposé l’après-midi. Relevez les zones, les horaires, les efforts, les sources de chaleur, les surfaces qui rayonnent, les équipements de protection portés, l’accès à l’eau et les possibilités de pause, sans oublier les déplacements et les interventions imprévues.
Associez les salariés et leurs représentants : ils savent où l’air ne circule pas, quand une cadence empêche de boire, pourquoi une zone d’ombre reste inutilisée. L’INRS recommande de construire les actions avec le CSE ou la CSSCT, les travailleurs et le service de prévention et de santé au travail. Consignez les résultats dans le DUERP et reliez-les à un plan d’action daté : un risque inscrit sans responsable, sans délai ni déclencheur ne protège personne.
Agir d’abord sur la source et sur l’organisation
L’ordre de la liste réglementaire n’est pas un hasard : les mesures qui suppriment ou réduisent l’exposition passent avant celles qui demandent à chacun de mieux la supporter.
Réduire l’exposition à la source
Décaler une tâche vers une période plus fraîche, mécaniser une opération physique, poser un écran contre le rayonnement ou choisir un procédé moins chaud agit sur la cause. L’INRS cite la mécanisation des tâches physiques, les ventilateurs, les stores et les abris à l’ombre pour le travail en extérieur.
Adapter l’organisation
Modifier les horaires du travail en extérieur, augmenter la fréquence et la durée des pauses, limiter le temps d’exposition ou faire tourner les tâches quand des postes moins exposés le permettent : ce sont les leviers que décrit l’INRS, qui demande aussi d’éviter le travail isolé et de privilégier le travail d’équipe. Les objectifs et les cadences doivent suivre, sinon les salariés renonceront aux pauses pour tenir le rythme.
Aménager les postes et l’accès à l’eau
Ventilation, occultation, zones fraîches et ombre réduisent l’exposition ; l’eau fraîche doit être disponible près des postes, en quantité suffisante. Les équipements de protection individuelle restent portés même par forte chaleur : l’INRS recommande de les choisir en amont, en tenant compte des conditions de travail.
Informer et former
Expliquez les signes d’alerte, les mesures du site, la manière de signaler un malaise et les gestes de secours. L’INRS inclut explicitement les intérimaires et les nouveaux embauchés dans cette information. Formez aussi l’encadrement à modifier l’organisation sans attendre qu’un malaise survienne, et répétez l’information quand les équipes changent.
Prévoir des déclencheurs gradués
Le plan peut associer chaque niveau de vigilance à des actions minimales décidées à l’avance : vérification des stocks d’eau, diffusion des horaires adaptés, suspension de certaines tâches, renforcement des pauses, contrôle des travailleurs isolés. Le Code impose de les adapter quand la chaleur s’intensifie ; un plan qui prévoit déjà ces paliers évite d’improviser le jour même.
N’utilisez pas uniquement la carte de vigilance. Ajoutez des déclencheurs locaux, comme l’ambiance d’un atelier ou une panne de ventilation, et laissez l’encadrement adapter sur le terrain : un travail physique au soleil n’expose pas comme un travail léger à l’ombre.
Nommez la personne qui consulte les alertes, celle qui décide, celle qui informe et celle qui vérifie l’application. Prévoyez les week-ends, les nuits et les sous-traitants.
Protéger les personnes vulnérables sans exiger leur diagnostic
Certaines personnes supportent moins bien la chaleur. L’INRS cite les personnes âgées, les maladies que la chaleur peut aggraver, essentiellement cardiorespiratoires, rénales et endocriniennes comme le diabète, et certains traitements qui modifient la régulation de la température. Il recommande aux salariés qui ont un problème de santé ou prennent certains médicaments de consulter leur médecin du travail.
L’article R. 4463-5 prévoit que l’employeur, lorsqu’il est informé qu’un travailleur est particulièrement vulnérable, pour des raisons tenant notamment à son âge ou à son état de santé, adapte les mesures avec le service de prévention et de santé au travail. L’entreprise n’a pas besoin de connaître un diagnostic pour cela : elle fait savoir à tous qu’ils peuvent s’adresser à ce service, tenu au secret médical. Ce partage des rôles est développé dans notre article sur la confidentialité de la santé des salariés.
Les non-acclimatés et les travailleurs isolés
L’acclimatement réduit les risques, mais il demande du temps : 8 à 12 jours en général selon l’INRS, et il se perd dans les 8 jours qui suivent l’arrêt de l’exposition. Nouveaux arrivants, intérimaires et personnes qui reviennent d’une absence appellent une montée progressive de la charge et un suivi de proximité.
Pour les travailleurs isolés ou éloignés, l’article R. 4463-6 exige des modalités de signalement des signes d’alerte ou d’un malaise et de secours rapide, portées à la connaissance des travailleurs et communiquées au service de prévention et de santé au travail.
Reconnaître et traiter l’urgence
Fatigue, maux de tête, soif intense, crampes, vertiges, nausées : l’INRS décrit ces signes comme ceux d’une atteinte liée à la chaleur. Une peau sèche, rouge et chaude, une confusion, un comportement inhabituel, une perte de connaissance ou une température interne supérieure à 39 °C évoquent un coup de chaleur, rare mais potentiellement mortel : c’est une urgence vitale.
La conduite à tenir que décrit l’INRS commence par alerter les secours, au 15 ou au 112, puis installer la personne au frais et à l’ombre, la refroidir et la surveiller jusqu’à leur arrivée. La procédure du site précise qui appelle, comment les secours accèdent à la zone et où se trouve le matériel.
Après un malaise ou un presque-accident, le retour d’expérience sert à revoir l’évaluation et les mesures, pas à reprocher à la personne d’avoir mal toléré la chaleur.
Mesurer l’efficacité sans surveiller les individus
Suivez des indicateurs d’organisation : postes évalués, actions réalisées, disponibilité de l’eau, fonctionnement de la ventilation, pauses réellement prises, formations, incidents et délais de correction. Les retours anonymes des équipes montrent l’écart entre le plan et la réalité. Notre méthode pour mesurer un programme de prévention santé aide à les choisir.
Un bracelet physiologique ne corrige ni une cadence excessive ni un poste exposé. Mesurer la température corporelle ou d’autres données de santé de chaque salarié n’a de sens que pour une question de prévention précise, dans un cadre médical, et jamais pour l’encadrement.
Avec MyTwin pour les employeurs, l’entreprise propose des modules de prévention santé ; le salarié qui le souhaite suit un parcours personnel, coordonné par un médecin MyTwin ou par l’équipe médicale de l’entreprise, et l’employeur ne pilote que des résultats agrégés.
Un plan en huit étapes
Piloter
Nommer un responsable et associer CSE, salariés et santé au travail.
Cartographier
Repérer tâches, lieux, horaires et personnes exposés.
Évaluer
Mettre à jour le DUERP et hiérarchiser les risques.
Choisir
Agir sur la source et l’organisation avant les équipements individuels.
Graduer
Définir les actions par niveau de vigilance et les déclencheurs locaux.
Secourir
Organiser le signalement et les secours, travailleurs isolés compris.
Tester
Éprouver le plan avant l’été et corriger les points faibles.
Réviser
Revoir le plan après chaque épisode ou changement important.
- Piloter. Nommer un responsable et associer le CSE, les salariés et le service de prévention et de santé au travail.
- Cartographier. Repérer les tâches, lieux, horaires et personnes exposés, hors canicule compris.
- Évaluer. Mettre à jour le DUERP et hiérarchiser les risques.
- Choisir. Privilégier les mesures techniques et organisationnelles avant les équipements individuels.
- Graduer. Définir les actions par niveau de vigilance et les déclencheurs locaux.
- Secourir. Organiser l’information, le signalement, les secours et la vigilance pour les travailleurs isolés.
- Tester. Éprouver le plan avant l’été et corriger les points faibles.
- Réviser. Mesurer l’application et revoir le plan après chaque épisode ou changement important.
Questions fréquentes
Non. Le Code du travail ne fixe aucune température au-delà de laquelle le travail serait interdit. L’employeur doit néanmoins évaluer les risques liés aux épisodes de chaleur intense, en intérieur comme en extérieur, et définir des mesures de prévention ; s’il considère que ses salariés sont en danger, il doit faire cesser le travail.
Le Code du travail le définit par référence à la vigilance de Météo-France : l’épisode de chaleur intense correspond à l’atteinte du niveau jaune, orange ou rouge. Le risque n’attend pas pour autant l’alerte : selon l’Organisation internationale du Travail, la plupart des expositions et des accidents liés à la chaleur surviennent hors vague de chaleur.
Non. Fournir de l’eau potable fraîche en quantité suffisante est une obligation, mais le plan doit aussi réduire l’exposition, adapter les horaires et les pauses, former les équipes et organiser les secours.
Il n’a pas à recueillir les diagnostics ni les traitements. Il informe les salariés qu’ils peuvent consulter le service de prévention et de santé au travail, tenu au secret médical, et adapte les mesures avec ce service lorsqu’il est informé qu’une personne est particulièrement vulnérable.
Parce que les mesures les plus efficaces, comme décaler des horaires, mécaniser une tâche, installer des protections ou former l’encadrement, demandent du temps. Le Code impose ensuite d’adapter les mesures quand la chaleur s’intensifie : un plan préparé à l’avance permet de le faire sans improviser.
Sources
- République française, Journal officiel du 1er juin 2025, « Décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur ».
- Code du travail, version en vigueur depuis le 2 juin 2025, article R. 4463-1 (définition de l’épisode de chaleur intense).
- Code du travail, version en vigueur depuis le 2 juin 2025, article R. 4463-2 (évaluation des risques).
- Code du travail, version en vigueur depuis le 2 juin 2025, articles R. 4463-3 à R. 4463-8 (mesures de prévention).
- INRS, mis à jour le 18 mai 2026, « Prévenir les risques liés à la chaleur ».
- INRS, mis à jour le 26 avril 2024, « Travail à la chaleur. Réglementation ».
- INRS, mis à jour le 26 avril 2024, « Travail à la chaleur. Périodes de forte chaleur ».
- INRS, mis à jour le 26 avril 2024, « Travail à la chaleur. Mesures de prévention ».
- INRS, mis à jour le 26 avril 2024, « Travail à la chaleur. Effets sur la santé et accidents ».
- Organisation internationale du Travail, 25 juillet 2024, « More workers than ever are losing the fight against heat stress » (en anglais).
Cet article est fourni à titre d'information. Il ne remplace pas l'avis, le diagnostic ou le traitement d'un professionnel de santé.
