MyTwin
Retour au blog
Employeurs8 min de lecture

Sédentarité au travail : réduire et interrompre le temps assis

Faire du sport ne suffit pas à effacer une journée presque entièrement assise. Prévenir la sédentarité au travail, c’est réduire et interrompre les longues périodes assises en agissant sur les tâches, les espaces, les réunions et les marges de manœuvre, plutôt qu’en culpabilisant les salariés.

Par Rubens Valcy

Fondateur de MyTwin

Publié le

Sommaire
  1. Pourquoi le temps assis est un risque professionnel
  2. Les repères : toutes les 30 minutes, moins de 5 heures par jour
  3. Évaluer l’exposition et l’inscrire au DUERP
  4. Agir d’abord sur l’organisation du travail
  5. Des pauses qui existent vraiment
  6. Le cas du télétravail
  7. Des données proportionnées, sans surveillance
  8. Un plan en cinq étapes
  9. Questions fréquentes
  10. Sources

La sédentarité n’est pas l’absence de sport. L’OMS la définit comme toute période de faible dépense d’énergie pendant l’éveil, assis, incliné ou allongé, et recommande à tous les âges d’en limiter la durée. On peut donc respecter les repères d’activité physique et rester assis l’essentiel de sa journée de travail.

Cette distinction change la prévention. Une campagne qui invite à courir le week-end ne réduit pas le temps passé devant un écran, au volant ou à un poste de surveillance. C’est l’organisation du travail qui permet, ou non, d’alterner les postures et de rompre les périodes prolongées : la responsabilité ne peut pas reposer sur le seul salarié.

Pourquoi le temps assis est un risque professionnel

L’INRS décrit la posture sédentaire comme une posture assise ou allongée maintenue dans le temps, associée à une très faible dépense énergétique. Il l’associe à des pathologies cardiovasculaires, des cancers, des troubles métaboliques, l’obésité et des troubles musculosquelettiques. Le versant métabolique, et ce qu’un programme d’entreprise peut faire au-delà du temps assis, est le sujet de notre article sur la santé métabolique en entreprise.

L’exposition est massive. Dans son avis d’août 2025, l’Anses rappelle que plus de 37 % de la population française passe plus de 8 heures par jour en position assise, et souligne que la part de la sédentarité liée au travail tertiaire, aux écrans et aux études est moins mise en avant que l’activité physique.

Sédentarité et troubles musculosquelettiques se recoupent sans se confondre : une douleur cervicale peut tenir à la configuration du poste, à la charge visuelle, au stress ou à un trouble préexistant. L’analyse ergonomique du poste relève de la prévention des TMS en entreprise ; ici, l’objectif est de réduire la durée et la continuité du temps passé assis.

Les repères : toutes les 30 minutes, moins de 5 heures par jour

L’INRS recommande de rompre régulièrement les périodes passées en postures sédentaires, idéalement toutes les 30 minutes, et de limiter leur durée cumulée, idéalement à moins de 5 heures par jour.

L’Anses est arrivée en 2025 à la même fréquence. Là où ses repères de 2016 proposaient une pause toutes les 90 à 120 minutes, les études expérimentales récentes l’ont conduite à retenir une rupture toutes les 30 minutes, de 3 à 5 minutes, par exemple de marche. Elle la juge particulièrement utile au-delà d’une heure assis et après les repas, et recommande de favoriser ces ruptures quel que soit le milieu, professionnel compris.

L’Anses ajoute une limite importante : pour un temps de sédentarité prolongé, les ruptures ne suppriment pas le risque dans sa totalité. Réduire le temps assis total compte autant que l’interrompre, et l’activité physique peut contribuer à atténuer ses effets. Ce second levier est celui de notre article sur VO2max et longévité.

Évaluer l’exposition et l’inscrire au DUERP

Pour l’INRS, les postures sédentaires doivent être évaluées comme les autres facteurs de risque professionnel, et les résultats intégrés au document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), qui fonde les mesures de prévention. L’évaluation peut se mener collectivement, avec les représentants du personnel, les salariés et le service de prévention et de santé au travail.

Repérer les situations sédentaires

La première étape consiste à repérer les activités réalisées principalement assis, puis à estimer leur dépense énergétique : l’INRS considère comme très faible une dépense inférieure ou égale à 1,5 MET, l’unité qui compare une activité à la dépense au repos. Travail sur écran, montage de petites pièces, surveillance de machines en font partie. La conduite, l’accueil ou les centres d’appels sont d’autres situations où la posture est imposée par la tâche, le logiciel, la cadence ou les règles de sécurité.

Quantifier sur une journée réelle

La deuxième étape quantifie les périodes assises ininterrompues de plus de 30 minutes et leur durée cumulée sur la journée. Une journée observée vaut mieux qu’une fiche de poste : possibilité de se lever, tâches alternatives, pauses, déplacements et variations d’un jour à l’autre.

L’INRS fait des capteurs, comme les accéléromètres, la méthode de référence pour caractériser précisément l’exposition, à condition d’une méthodologie solide. Dans une entreprise, ils posent une autre question : celle de la surveillance. Si l’on y recourt, c’est pour une étude collective, volontaire et limitée dans le temps, jamais pour suivre une personne ou juger sa performance.

Agir d’abord sur l’organisation du travail

Les leviers les plus solides ne reposent pas sur la motivation individuelle : ils rendent le mouvement compatible avec le travail. L’INRS en décrit plusieurs, et sa brochure ED 6494 pose le principe : l’organisation et l’aménagement du travail doivent permettre d’interrompre régulièrement les postures sédentaires et d’en limiter la durée.

  • Alterner les tâches assises et les tâches réalisées dans d’autres postures, par exemple téléphoner debout ou en marchant.
  • Permettre des pauses actives et régulières.
  • Laisser aux participants des réunions la possibilité de se lever, ou équiper des salles de réunion « actives » de tables hautes.
  • Placer les espaces techniques, comme l’imprimante, à l’écart des postes, pour créer des déplacements.
  • Meubler les espaces de pause pour qu’on puisse choisir d’y être assis ou debout.
  • Proposer des bureaux à hauteur variable, idéalement électriques avec mémorisation des hauteurs.

À cela s’ajoutent des mesures d’organisation simples : éviter les réunions qui s’enchaînent sans intervalle, réserver des plages sans réunion et revoir les objectifs qui rendent toute pause impossible.

Un bureau assis-debout n’est pas une solution automatique. L’INRS rappelle que le travail assis ne doit pas être remplacé entièrement par du travail debout : c’est l’alternance des postures qui est à privilégier.

Des pauses qui existent vraiment

La consigne « levez-vous régulièrement » reste théorique si les appels s’enchaînent, si l’effectif est insuffisant ou si quitter son poste est mal vu. Les équipes doivent déterminer ensemble quand et comment l’interruption est possible. Une courte tâche debout, un déplacement utile ou un changement de posture sont souvent plus acceptables qu’un exercice visible en open space.

Les rappels, s’il y en a, restent collectifs, discrets et désactivables, et ne tracent personne. La prévention inclut aussi les salariés qui ne peuvent pas se lever facilement : une limitation de mobilité, un trouble de l’équilibre ou une douleur appellent une adaptation avec le service de prévention et de santé au travail. L’objectif n’est pas d’imposer un modèle corporel unique, mais de réduire l’immobilité avec des options accessibles à tous.

Le cas du télétravail

À domicile, les déplacements naturels vers une salle de réunion, un collègue ou la cantine disparaissent, les visioconférences s’enchaînent et le mobilier est souvent moins adapté. L’INRS cite la mise en place du télétravail parmi les changements d’organisation qui justifient une action d’information sur les postures sédentaires.

L’employeur agit par des règles de planification (des intervalles entre les réunions, des plages sans visio), des conseils d’aménagement du poste et, selon sa politique, l’accès à du matériel adapté. Le salarié peut varier ses tâches et téléphoner debout ; mais aucun conseil ne compense une charge qui empêche toute interruption. L’évaluation couvre le travail hybride sans demander de filmer le domicile ni de transmettre des données d’activité en continu.

Des données proportionnées, sans surveillance

Un questionnaire, une observation ou un échantillonnage collectif suffit souvent. Distribuer des bracelets d’activité à tous les salariés ne réduit pas le temps assis et crée un risque de surveillance ; dans une petite équipe, même des statistiques agrégées peuvent permettre de reconnaître quelqu’un. Les garanties à exiger d’un outil de prévention sont détaillées dans notre article sur la confidentialité de la santé des salariés.

Avec MyTwin pour les employeurs, l’entreprise propose des modules de prévention santé. Le salarié qui le souhaite suit un parcours personnel, coordonné par un médecin MyTwin ou par l’équipe médicale de l’entreprise ; l’employeur ne voit que des résultats agrégés. Les données individuelles de santé n’alimentent jamais l’évaluation managériale.

Un plan en cinq étapes

  1. Cartographier

    Repérer les métiers et les moments où l’on reste assis le plus longtemps.

  2. Prioriser

    Choisir une situation où l’organisation peut réellement changer.

  3. Expérimenter

    Tester deux ou trois mesures pendant une période définie.

  4. Mesurer

    Suivre des indicateurs collectifs simples, sans classement individuel.

  5. Ajuster

    Garder ce qui fonctionne et l’inscrire au plan d’action.

Un plan part d’une situation de travail réelle et finit inscrit dans le document unique, pas dans une campagne ponctuelle.
  1. Cartographier. Identifier les métiers, tâches et moments où la posture assise est la plus prolongée, avec les salariés et leurs représentants.
  2. Prioriser. Choisir une situation où l’organisation peut réellement changer : réunions, centre d’appels, conduite, télétravail ou poste administratif.
  3. Expérimenter. Tester deux ou trois mesures pendant une période définie, en documentant les contraintes de sécurité, d’accessibilité et de production.
  4. Mesurer. Suivre des indicateurs simples : possibilité réelle de varier la posture, durée des séquences assises, acceptabilité, effet sur le travail. Notre méthode pour mesurer un programme de prévention santé aide à les choisir.
  5. Ajuster. Garder ce qui fonctionne, corriger les effets indésirables et inscrire les mesures au DUERP et au plan d’action. Sans suivi, une expérimentation devient une campagne éphémère.

Questions fréquentes

Sources

  1. INRS, mis à jour le 7 novembre 2023, « Postures sédentaires : ce qu’il faut retenir ».
  2. INRS, mis à jour le 7 novembre 2023, « Postures sédentaires : évaluation de l’exposition ».
  3. INRS, mis à jour le 7 novembre 2023, « Postures sédentaires : prévention des risques ».
  4. INRS, juin 2024, « Les postures sédentaires au travail. Définition, effets sur la santé et mesures de prévention », brochure ED 6494.
  5. Anses, 28 août 2025, « Avis relatif à la révision des recommandations sur les ruptures de sédentarité », saisine n° 2025-SA-0031.
  6. Organisation mondiale de la santé, 26 juin 2024, « Activité physique », aide-mémoire.

Cet article est fourni à titre d'information. Il ne remplace pas l'avis, le diagnostic ou le traitement d'un professionnel de santé.